"Les réformes ressemblent à un roman russe, un nombre impressionnant de pages, et à la fin, tout le monde est mort." Malgré ce pronostic d'un intervenant lors du "WISE", le "World éducation summit for éducation" (voir ToutEduc), tous se prononcent pour de nouvelles politiques éducatives. Les organisateurs hésitent encore sur la forme que pourraient prendre les actes de cette rencontre de "décideurs", mais ils devraient être accessibles, d'ici quelques mois, sur son site. En attendant, voici des échos, choisis parmi les interventions les plus originales pour un public français ou européen (sans oublier nos lecteurs sénégalais, mauritaniens, ou vietnamiens).
Irina Bokova, qui avait pris la veille ses fonctions de directrice générale de l'UNESCO considère que "l’éducation va modeler la société de demain" et qu'il est urgent d'ouvrir "l’accès à la scolarité aux plus faibles". Elle considère qu'aucune innovation n'est possible "sans une bonne formation des enseignants".
Naledi Pandor (ancienne ministre de l'éducation d'Afrique du Sud) met en garde l'assistance sur deux points. Attention à donner aux femmes toute leur place. Si ce sommet est un événement important, il ne doit pas tenter de remplacer l’UNESCO. Elle plaide pour "une société inclusive", à laquelle tout le monde participe, comme le prévoit la constitution de la nation arc-en-ciel. Tous, y compris les adultes, ont droit à l’éducation de base. "Nous avons enfin une scolarisation universelle au niveau primaire" et l'accès des femmes à l’université s'est accru. L'Afrique du Sud s'est donné pour cela des outils juridiques, mais nous devons tous avoir constamment à l’esprit "la nécessité de l’inclusion". Elle pose enfin la question de la qualité de l'éducation donnée: "On s’est peut-être plus intéressés à la réforme qu’aux compétences acquises" par les élèves.
Ian Young (université de Swinburne, Australie): Les Etats-Unis sont en tête du classement de Shanghai, mais si on rapporte le nombre d’établissements classés dans les 500 premiers à la population du pays, la Suède et la Suisse sont loin devant les USA. A cette aune, le résultat est proportionnel aux investissements financiers dans l’enseignement supérieur et la recherche. Mais les ressources des Etats peuvent-elles y suffire ? En Australie, le coût réel des études est pris en charge par la puissance publique à hauteur des 2/3, puisque la société toute entière bénéficie de l'élévation globale du niveau d'éducation, et les étudiants qui financent le solde bénéficient de prêts à taux zéro qu'ils ne commencent à remboursement qu'à partir du moment où ils touchent un salaire supérieur au revenu moyen du pays.
Robert Hugues, président de l'organisme chargé de la réforme des écoles publiques à New-York: il compare les politiques éducatives et les romans russes, mais il explique sur quels fondements il a entrepris la réforme des établissements de la grande ville américaine. Pour améliorer les résultats des élèves, ceux-ci doivent bénéficier d'environnements personnalisés, au sein de communautés de moins de 400 élèves. Les enseignants, qui les connaissent bien, peuvent s’adapter à leurs besoins, et miser sur leurs talents, prendre en compte leur expérience, par exemple le fait qu'issus de l'immigration, ils connaissent une langue étrangère. Le pouvoir politique doit avoir des attentes claires, et pour le reste, faire confiance aux enseignants, mieux les préparer à envisager l’avenir, puisqu'ils ne seront plus les défenseurs d’un point de vue académique.
Oystein Johannessen (ministère norvégien de l'éducation) : Le secteur privé peut jouer un rôle important, mais on ne peut comparer l’innovation en éducation et l’innovation industrielle ou économique. Il convient d’être prudent, et les Etats ont un rôle important à jouer. Il rappelle à ce sujet qu'un politicien suédois a récemment comparé la Norvège à l'ancienne URSS, mais il assume pleinement cette vision d'une puissance publique garante de l'équité du système.
Claudie Haigneré (directrice de la Cité des sciences) développe deux idées. Nous sommes en train d’apprendre du monde, alors que 6000 langues risquent de disparaître d’ici 2100. Nous devons développer l'esprit de curiosité des élèves, ils doivent savoir apprendre à apprendre. La Cité des Sciences, qu'elle dirige, participe à la création de "cités des enfants" dans de nombreux pays dans le monde.