Le conflit sur la "prévoyance" des enseignants du privé révélateur de tensions au sein des instances de l'enseignement catholique (FEP-CFDT)
Paru dans Scolaire le mardi 07 juillet 2026.
Le financement de la prévoyance des enseignants du privé sous contrat a fait l'objet de multiples déclarations ces dernières semaines. Avec l’intersyndicale, le SNEC-CFTC a organisé "de nombreuses mobilisations partout en France" pour défendre "le maintien d’une prévoyance obligatoire identique, protectrice et accessible à tous". Valérie Ginet, secrétaire générale de la FEP-CFDT (Formations et enseignement privé) revient pour ToutEduc sur le contexte de ce conflit social.
ToutEduc : Avec les autres organisations syndicales du privé, vous avez pris une part active à ce conflit. Où en êtes-vous ?
Valérie Ginet : Nous sommes très proches d'un accord, les organisations syndicales unanimes ont signé un relevé de conclusions avec la CEPNL (Confédération de l’enseignement privé non lucratif), l’organisation des employeurs. Celle-ci considérait que les établissements n'avaient pas à financer la "prévoyance" des enseignants.
ToutEduc : Quelle est l'origine du conflit ?
Valérie Ginet : L'Education nationale a choisi de rendre obligatoire et de financer l'adhésion à la complémentaire santé des enseignants, c'est d'ailleurs la MGEN qui a remporté le marché. Nous sommes agents publics, la mesure nous concerne aussi. En revanche, pour ce qui est de la "prévoyance", l’Etat n’a pas prévu d'en financer sa part pour les enseignants du privé...
ToutEduc : ... vous êtes pourtant agents publics, ce qui vaut pour les personnels de l'enseignement public vaut aussi pour vous ?
Valérie Ginet : Oui, mais l'adhésion était facultative, et nous étions déjà couverts par un contrat de prévoyance obligatoire financé par les employeurs et ceux-ci ont dénoncé cet accord. De plus, la solution proposée, via la MGEN, nous revenait plus cher que la solution d'Uniprévoyance ou autres organismes auxquels les uns et les autres souscrivent... Nous avons bon espoir de signer un nouvel accord pour les enseignants du privé.
ToutEduc : Guillaume Prévost, le secrétaire général de l'enseignement catholique est-il intervenu ?
Valérie Ginet : En effet, il a fait pression œuvré auprès des sur les organisations patronales. Il considère qu'il est de son rôle de défendre les enseignants. Guillaume Prévost, fort des enseignements de Betharram et autres crises, estime qu'il doit pouvoir intervenir s’il y a des dysfonctionnements dans les établissements. D’autres considèrent que les établissements doivent être totalement autonomes. C'est du moins ainsi que je comprends les tensions qui traversent actuellement nos instances.
ToutEduc : Ces tensions dépassent donc le cadre de cette affaire de prévoyance ?
Valérie Ginet : Le rapport de la Cour des comptes sur le fonctionnement de Formiris (le principal organisme de financement de la formation des enseignants du privé catholique, ndlr, voir ToutEduc ici) a révélé d'autres tensions. Elle y dénonce le poids du Secrétariat général, alors que le SGEC veut garder la main sur les formations. Il n'est pas opposé à ce que Formiris organise, comme la Cour le recommande, des appels d'offres pour des sessions sur des sujets académiques, mais en conservant le pilotage de l'ensemble, et un droit de recours s'il estime que telle ou telle formation ne va pas dans le bon sens, ce que les instances paritaires de Formiris lui ont refusé à 72 %, donc bien au-delà des organisations syndicales.
ToutEduc : Vous décrivez un secrétaire général qui sort plutôt conforté à l'issue du conflit sur la prévoyance, mais qui essuie un revers sur la formation...
Valérie Ginet : Je pense que nous assistons à un conflit des anciens et des modernes. Guillaume Prévost estime que, dans la période actuelle, il lui faut "rassembler les troupes", tandis que d'autres défendent leur traditionnelle autonomie. Il est vrai que l’État contracte juridiquement avec les établissements et pas avec le Secrétariat général de l’enseignement catholique ; pourtant le SGEC est un interlocuteur privilégié de l’État. A la Fep CFDT, nous considérons que certains changements sont nécessaires, mais sans compromettre le contrat d’association.
Propos recueillis par P. Bouchard, relus par V. Ginet

