L'Etat-éducateur a-t-il une légitimité ? Non pour une partie de la droite
Paru dans Scolaire le dimanche 25 mai 2025.
L'école a-t-elle une fonction politique ? Pour Maxime Michelet, député UDR (proche d'Eric Ciotti) et Pierre-Vincent Guéret, président de la FNOGEC (les organismes de gestion des établissements catholiques), la réponse est évidente, c'est non. Quand l'Etat se mêle d'enseignement, c'est générateur de désordre. Tous deux participaient, à l'invitation de la fondation Kairos pour l'innovation éducative et de la Revue politique et Parlementaire, le 23 mai, à une journée sur le thème "Ecole : l'Egalité par la liberté ?". La table ronde était animée par Anne Coffinier (créer son école).
Les deux intervenants pouvaient avoir de légères divergences sur les moyens à mettre en oeuvre, aucune sur le fond. L'Ecole n'a pas à s'opposer à la logique des ghettos urbains ni à enseigner la vie affective et sexuelle. Dans le premier cas, elle ajoute du désordre à une situation de fait, dans le second, elle se substitue aux parents. Pour P-V Guéret, interrogé par ToutEduc, l'Ecole ne doit pas mettre l'enfant dans une situation de conflit de loyauté entre sa famille et ses enseignants, des situations qui se terminent toujours mal... "Il y a trops de sujets abrasifs."
Il estime par ailleurs que l'Etat ne peut pas être à la fois stratège et opérateur. Pour M. Michelet, l'éducation ne doit pas faire l'objet d'un monopole. Thiers avait d'ailleurs, dit-il, l'intention de confier l'Ecole à l'Eglise et Mgr Dupanloup avait refusé. P-V. Guéret abonde dans le même sens, et rapporte que des classes d'établissements musulmans ont pu "s'adosser" à des établissements catholiques en attendant qu'elles puissent être sous contrat. "Il y a intérêt à la pluralité".
Les intervenants ne s'embarrassent pas de nuances, les IPS sont "une arnaque" et il faut "lutter contre l'hégémonie culturelle de la gauche" et contre le monopole de l'Etat qui s'exerce jusque dans les établissements sous contrats. Si P-V Guéret ne va pas jusque là, il est très favorable, sans employer d'ailleurs l'expression "chèque éducatif", à ce que toutes les familles reçoivent les moyens d'inscrire leur enfant dans l'école de leur choix, et tant pis pour eux s'ils font un mauvais choix, ce sont des adultes responsables. Ce qui implique une politique nationale pour le calcul des frais de scolarité, quand on sait que le forfait d'externat varie, dit-il, de 1 à 2 selon les lycées, de 1 à 5 pour les collèges, de 1 à 28 pour les écoles...
Si Maxime Michelet en appelle à une révolution pour mettre fin au "monopole de l'Etat", le philosophe Pierre Manent la refuse, "même conservatrice". Mais il estime que "rien ne semble pouvoir ralentir la dégradation" du système scolaire et il fait l'éloge de "la patience, de la confiance, de l'acceptation du risque", raison pour laquelle il est favorable au redoublement et surtout à une progressivité des apprentissages, année après année. Il estime qu'on en demande trop trop tôt à des élèves quand on use d'emblée d'un vocabulaire de spécialiste (voir à l'inverse TE ici) et il renvoie à des "notions mères", "élémentaires". En revanche, l'institution ne leur en demande pas assez en termes de valeurs, de sociabilité, de citoyenneté, de dignité...

