"Ils ont besoin qu'on les aime" (Retour au collège - un documentaire d'A. Fromental)
Paru dans Scolaire, Culture le mardi 29 septembre 2026.
"Retour au collège" commence par filmer, de dos, les femmes de service qui arrivent un matin, toutes ensemble et dans la bonne humeur, dans la cour d'un collège de banlieue. Comment dire mieux que tout le monde est important dans cet établissement, malgré ce grand anonymat de l'Education nationale, où les indivius sont traités comme des pions interchangeables ?
Ce documentaire (1h23), qui sortira en salle le 7 octobre, n'a pas été tourné, quoi qu'en dise Antoine Fromental le réalisateur, pour faire le portrait d'un principal qui fait preuve d'humanité, d'humilité souvent, et d'un véritable amour de son métier, d'une grande empathie à l'égard de ces enfants qui "ont besoin qu'on les aime". Certes le personnage, filmé durant les quelques semaines qui précèdent son départ en retraite, n'a rien du fonctionnaire gris et ennuyeux des caricatures. Mais il est comme sont beaucoup d'enseignants et de personnels de direction, profondément humains et pénétrés de l'importance du rôle qu'ils jouent, du poids de chacune de leurs décisions, chacun à sa façon...
Même s'il mérite le détour, ce n'est donc pas pour lui que ce film mérite d'être vu, mais pour une caméra qui capte mille petits moments de la vie d'un collège. Il y a, bien sûr, des moments forts, la décsion d'exclure définitivement une élève, ou ce moment où, dans son bureau, le principal chante un air de rap assez peu conventionnel avec une gamine, ou encore ce dialogue avec la mère déléguée des parents qui argumente pied à pied contre une mesure disciplinaire.
Il y a surtout cette femme de service qui demande à une élève de ramasser un papier qu'elle a fait tomber, et qu'elle ne lâche pas avant d'être sûre qu'elle ait compris le sens de son geste, cette professeure d'espagnol qui "a envie qu'on se souvienne" d'elle, ces deux copines qui évoquent leurs bavardages en classe, cette élève handicapée qui n'aurait pas pu faire sa scolarité au Maroc, cette CPE qui prend le temps d'écouter, ce professeur d'EPS qui les fait danser et rire... Les mille facettes de ce concentré de vies qu'est un collège de banlieue.

