Le rapport de l’IGESR sur Stanislas a été édulcoré (Mediapart)
Paru dans Scolaire le mardi 29 avril 2025.
Le rapport d’inspection sur l’établissement privé catholique Stanislas a été modifié au dernier moment, révèle ce 29 avril une enquête de Mediapart. Alors que les inspecteurs missionnés ont rendu compte d’un "climat d’homophobie, de sexisme et d’autoritarisme", les conclusions finales du rapport n’en font pas mention.
C’est en 2023, après des enquêtes de presse, que l’IGÉSR (Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche) a diligenté une mission au sein de l’établissement privé. L’inspection est à cette époque dirigée par Caroline Pascal, actuellement directrice générale de l’enseignement scolaire.
Des conclusions trafiquées sans en tenir informés les inspecteurs
Le rapport est d’abord resté secret avant que Mediapart en révèlel'existence en 2024. Le média rappelle dans l’enquête publiée ce 29 avril que le rapport "dresse un constat sévère sur l’ambiance qui règne à Stanislas, même si ses conclusions s’avèrent bien prudentes : ‘Au terme de la mission, l’équipe ne confirme pas les faits d’homophobie, de sexisme, et d’autoritarisme mis en avant par les articles de presse.’". Un constat qui ne reprend pas les conclusions initiales du rapport qui "ont été trafiquées pour édulcorer l’ensemble, dans le dos des inspecteurs généraux en charge de l’enquête et de la rédaction du document", écrit Mediapart.
Dans un courrier que le média a pu consulter, "l’un·e de ces inspecteur·ices explique avoir ainsi découvert un projet de lettre de mission ‘expurgé d’un paragraphe conclusif lourd de sens et de conséquences, dédouanant le collège Stanislas’, paragraphe que les inspecteurs et inspectrices n’auraient ‘jamais validé car il règne bien à Stanislas un climat homophobe, sexiste et autoritaire’."
Les inspecteurs exercent pourtant en toute indépendance vis-à-vis de leur hiérarchie, comme le stipule le décret encadrant leur pratique.
Alors que la version finale du rapport a été envoyée à Gabriel Attal, alors ministre de l’Education nationale, les inspecteurs n’ont pas été tenus au courant des modifications apportées. "En raison des relations de confiance qui prévalent entre inspecteurs généraux composant une équipe de mission, aucun de nous […] n’a songé une seconde à vérifier la concordance entre les deux versions. Et nous n’avons pas été informés [...] de ce changement de rédaction", toujours d’après le courrier qu’a pu se procurer Mediapart.
Des auditions prochaines des inspecteurs généraux par la commission d'enquête
Pour l’ancienne cheffe de l’IGÉSR, les dérives qui auraient pu avoir lieu sont anciennes et ne peuvent pas justifier de sanctions ni de remise en cause du contrat d’association. Mais les procès-verbaux des personnes qui ont témoigné rapportent bien de l’homophobie, du sexisme ou de racisme au sein de l’établissement. Ces témoignages "ont été expurgés du rapport et ne sont visibles qu’en annexes".
Auditionnée par la commission d’enquête sur les violences scolaires, constituée suite à l’affaire Bétharram, Caroline Pascal "s’est déchargée de toute responsabilité, renvoyant à… l’indépendance sacrée des inspecteurs généraux", rapporte le média.
"J’ai été alertée sur l’édulcoration du rapport final concernant l’établissement Stanislas, notamment sur son climat raciste, sexiste et homophobe, a écrit ce 29 avril dans un post X Fatiha Keloua Hachi, la présidente de la commission d’enquête. De nouvelles auditions auront lieu pour interroger l’indépendance des inspecteurs généraux."
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