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Les personnels de direction s'interrogent, que leur reste-t-il d'autonomie ? Quels moyens ont-ils d'exercer leur métier ? (revue de l'AFAE)

Paru dans Scolaire le lundi 21 avril 2025.

"Où un personnel de direction peut-il trouver l’autorité et l’autonomie, voire la liberté qui lui permet d’exercer le métier pour lequel il a postulé et auquel il a été possiblement formé ?" s'interrogent Claude Bisson-Vaivre, Barbara Martin, Éric Tournier qui signent l'éditorial du dernier numéro d' Administration et Education, la revue de l'AFAE (les acteurs de l'éducation). Au fil des contributions alternent les analyses de la situation actuelle des chefs d'établissement ("le malaise est patent") et les considérations plus générales sur le métier de ces personnels et sur la nature des établissements, depuis les origines. Déjà Eugène Lavisse en 1899 rêvait d' "une maison établissant son régime sous la sauvegarde d’un certain nombre de règles générales, bien entendu, et un corps de professeurs délibérant sur une matière si importante, engageant sa responsabilité, s’efforçant toujours vers le mieux, chacun d’eux s’intéressera à la maison, qui sera en partie son œuvre. En somme, il faudrait donner à nos lycées une certaine autonomie."

Où en est-on de cette autonomie ? Un principal de collège dénonce "énormément de consignes et de réformes descendantes", mais il "estime avoir toujours eu une certaine autonomie pour mettre en place les réformes". Il considère en effet qu'il a deux missions : "la première est de réaliser ce qu’on me demande de réaliser – je suis fonctionnaire –, mais de le réaliser en bonne intelligence avec toute la communauté éducative (...) de façon que cela soit bien accepté par tous (...). Et l’autre mission, qui devient de plus en plus importante, est de lisser des réformes et des mesures qui se succèdent à un rythme souvent effréné. J’estime qu’un de mes rôles est d’amortir les chocs de cette succession de mesures au gré des ministres."

Une de ses collègues est plus sévère. "J’avais vécu la réforme du collège de 2016, où vraiment nous avions eu une année complète pour la mettre en place (...). J’ai l’impression qu’on a complètement perdu ces possibilités (...). Parfois on n’arrive plus à transmettre, empêché par cette accumulation. Ainsi sur l’académie, jusqu’à cette année, nous avions une forte injonction sur 'Devoirs faits' et cette année, nous n’en avons plus du tout entendu parler (...), les groupes de besoin ont pris le pas." Un autre : "Il faut faire en sorte d’avoir des enseignants qui comprennent ce qu’on leur demande. Or je crois que les enseignants ne comprennent plus toujours ce qu’on attend d’eux."

Tout dépend aussi du lieu et des interlocuteurs. Un proviseur : "La réforme du lycée a été passionnante car elle mettait les élèves au centre et leur donnait des choix, ce qui était inédit dans notre système. Nous avons travaillé en équipe pour offrir un maximum de possibilités, nécessitant des ajustements importants (...). Dans mon nouvel établissement, les contraintes matérielles auraient rendu cela impossible." Une autre : "Dans certains endroits, les collectivités locales freinent l’innovation, jugeant inutiles des outils comme les tablettes en EPS. Cela complique des expérimentations pourtant pertinentes (...). À l’inverse, les collectivités vont prendre des décisions sur la pédagogie qui me semblent assez éloignées de ce que nous souhaiterions." Une directrice d'école : "Nous dépendons de la commune pour tout. Par exemple pour avoir du chauffage l’hiver, il faut parfois envoyer dix mails. C’est la même chose pour acheter un crayon, une enveloppe ou du mobilier."

Alain Boissinot rappelle que "l’autonomie est celle de l’EPLE, et non du chef d’établissement" et qu'elle "suppose une démarche collective des acteurs et partenaires d’un établissement", mais que le chef d'établissement "est pris en tenaille entre la tradition individualiste de la 'liberté pédagogique' des enseignants et le poids de l’État qui peine à se défaire de certaines de ses prérogatives, alors même qu’il ne parvient pas à les exercer de façon efficace et cohérente. Depuis ces dernières années, la politique nationale envoie des signaux contradictoires à ce sujet. Si elle prône volontiers la recherche d’innovations, de nombreuses mesures manifestent une volonté de recentralisation : le 'choc des savoirs' n’a guère laissé d’espace à l’autonomie pourtant reconnue aux collèges par les textes officiels."

Mais un proviseur veut rester optimiste : "Gardons à l’esprit ces mots d’Hannah Arendt : 'Tout éducateur doit avoir comme seul objectif que de conduire celles et ceux qui lui sont confiés à la révolution'. Aussi, innover en éducation, c’est à la fois assurer la continuité du monde et donner les clés pour le dépasser. Il ne s’agit donc pas de bouleverser nécessairement l’existant. Il peut s’agir de petites améliorations, d’ajustements qui facilitent l’épanouissement de tous. C’est souvent par la plus petite ouverture des portes qu’entrent les grands vents !"

Le site de l'AFAE ici

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