Montaigne Aujourd'hui

Une nouvelle traduction des Essais, au plus près d'une intelligence en mouvement.

Il faut lire Montaigne parce que sa pensée est aux fondements de notre sensibilité démocratique et universaliste, mais c’est une lecture difficile, sa langue est trop proche de l'ancien français pour être facilement comprise et trop proche du français classique pour être traduite. Je vous propose une transcription en français d'aujourd'hui, centrée sur le texte de la première édition, pour être au plus près du geste créatif d'un génie soucieux de répondre aux préoccupations des hommes de son temps.

Cette transcription prend la forme d'un feuilleton, à raison d'un épisode chaque vendredi.


Chapitre XIII, Cérémonie de l'entrevue des rois.

Paru le vendredi 11 septembre 2026.
Mots clés :

Avant le chapitre XIV, où il sera question d'affronter la mort, la souffrance, la misère, avant donc de très grandes pages et une bonne part d'humour noir, une leçon de savoir-vivre au sens mondain du terme. Comment recevoir dignement un hôte ? Le sujet est dérisoire, certes, mais c'est que tous les sujets ont leur place dans Les Essais, que Montaigne à cette occasion définit comme une "rapsodie" soit un "ouvrage en vers ou en prose fait de morceaux divers, mal liés entre eux" selon le dictionnaire du CNRTL.

Il n'est sujet si vain qui ne mérite une place en cette rhapsodie.

Les règles ordinaires du savoir vivre veulent que l'on soit chez soi pour l'accueillir quand on est prévenu de l'arrivée d'un égal, et plus encore d'un supérieur. La reine Marguerite de Navarre ajoutait même qu'il était mal poli, pour un gentilhomme de quitter son domicile pour aller au devant de celui qui le vient trouver, quelque grand qu'il soit ; c'est une marque de respect et de politesse que de l'attendre (ne fût-ce que pour éviter de le rater s'il a pris une autre route) ; il suffit de l'accompagner à son appartement.

C'est aussi une règle commune, en toutes circonstances, qu'il revient aux subordonnés de se trouver les premiers au lieu d'un rendez-vous et aux plus éminents de se faire attendre. Toutefois, lors de la rencontre du pape Clément et de François 1er à Marseille, le roi ayant donné ses ordres pour que tout fût prêt, il s'éloigna de la ville, ce qui laissa au pape deux ou trois jours pour se reposer avant qu'il ne vînt le trouver. De même, pour le sacre de Charles Quint à Bologne, l'empereur fit en sorte que le pape y arrive le premier, et il n'arriva qu'après lui. C'est, dit-on, la règle pour les entretiens entre les souverains, que le plus grand soit au lieu prévu avant les autres, avant même celui chez qui il le rencontre, ce qui montre bien que c'est le plus grand que les moins grands cherchent à rencontrer, et non l'inverse.

Dans une addition, Montaigne note que chaque pays a ses règles de savoir-vivre. Lui-même a été éduqué à respecter celles qui valent en France, il s'y tient, mais jusqu'à un certain point, il ne faut pas qu'elles soient envahissantes, il arrive d'ailleurs qu'on soit mal élevé à vouloir être trop bien élevé, qu'on soit "importun de courtoisie". "C'est au demeurant une tres utile science que la science de l'entregent." Elle s'apprend par l'expérience.

N'oublions pas que Montaigne lui-même, de toute petite et très récente noblesse qui se voudrait d'épée mais fut de robe, avait dû faire preuve de beaucoup d'entregent pour faire carrière, il peut l'avouer dans cette addition, donc après-coup.

Faut-il le préciser ? Aucune IA n'intervient dans l'écriture de cette "traduction" des Essais. Vous pouvez nous apporter votre soutien ici, la gestion d'un site ne va pas sans menus frais.

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MONTAIGNE AUJOURD'HUI

Une nouvelle traduction des Essais,
au plus près d'une intelligence en mouvement.

* Détail de la statue de Montaigne
par Paul Landowski (Paris 5ème)

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