Lire, c'est comprendre, estime le CSEN
Paru dans Scolaire le mardi 03 novembre 2026.
"La seule fluence en lecture de mots constitue un préalable nécessaire mais non suffisant à une bonne compréhension (...), l’augmentation de la fluence en lecture de mots peut favoriser la compréhension jusqu’à un certain niveau au-delà duquel une accélération supplémentaire n’apporte plus nécessairement de bénéfice et pourrait même conduire à une diminution de la compréhension."
Le CSEN (le Conseil scientifique de l'Education nationale, présidé par S. Dehaene) publie une "synthèse de la recherche et recommandations" pour "comprendre les difficultés de compréhension écrite" que rencontre "un nombre important d’élèves" au cours de leur apprentissage de la lecture.
Or "les difficultés de compréhension passent parfois inaperçues en classe. En effet, une fois qu’un élève atteint un niveau satisfaisant de fluence en lecture de mots (lecture correcte et rapide des mots), on suppose souvent que la compréhension suivra naturellement. Or (...) il est tout à fait possible d’observer des élèves qui 'lisent bien', c’est-à-dire ayant atteint un bon niveau de fluence en lecture de mots, mais qui comprennent mal ce qu’ils lisent."
Le texte décrit très précisément chacune des compétences nécessaires à la compréhension de l'écrit. Celle-ci "ne se construit pas totalement ex nihilo : elle s’appuie en partie sur les compétences de compréhension orale déjà développées avant l’apprentissage de la lecture". Elle nécessite "une automatisation suffisante des processus d’identification des mots (...). Un élève qui lit par exemple moins de 60 mots par minute aura oublié le début du texte quand il arrivera à sa fin". S'y ajoute "le rôle central du vocabulaire", "la conscience syntaxique", la capacité à relier des pronoms à leurs antécédents, à compléter "ce que le texte ne dit pas directement", etc.. S'y ajoutent encore "les fonctions exécutives, la métacognition, la théorie de l’esprit et la motivation, lesquels interagissent constamment avec les compétences linguistiques."
Pour le CSEN, "l’enseignement explicite des stratégies inférentielles représente une méthode efficace pour améliorer les compétences de compréhension des élèves", et il annonce qu'un prochain rapport traitera "directement de l’enseignement de la compréhension" mais que "les éléments présentés ouvrent (déjà) des perspectives didactiques (...). L’enjeu est de parvenir à articuler ces différents niveaux de traitement et de compétence, sans les fragmenter, afin d’éviter que les élèves en difficulté ne construisent que des 'îlots de compréhension' isolés, sans mise en lien. C’est dans cette articulation, coûteuse sur le plan cognitif mais essentielle, que se joue probablement la réussite en compréhension de textes."
Le rapport (26 pages hors bibliographie) ici

