Alternance : une fondation pour mieux en comprendre les ressorts
Paru dans Scolaire, Orientation le dimanche 11 octobre 2026.
"Nous vivons un basculement, les repères éducatifs vacillent, les parcours se fragmentent, les métiers se transforment, les territoires se recomposent ..." C'est partant de ce constat que Patrick Guès, ancien directeur de CFA, ancien délégué général de la fondation "Maisons familiales rurales Monde", observateur attentif du système éducatif depuis plus de 40 ans, lance une "Fondation pour l'alternance" (1) et "pour une éducation ancrée dans le réel".
Celle-ci doit "soutenir l'innovation pédagogique", ce qui peut passer par des actions très concrètes, détaille-t-il pour ToutEduc, par exemple financer l'achat de mobylettes pour permettre à certains jeunes de rejoindre leurs lieux de stage ou d’apprentissage. Donner un petit coup de pouce par ci , par-là sous forme de Bourse pour des jeunes méritants. Mais elle a aussi vocation à aider des jeunes à monter leur dossier Erasmus + car partir en stage à l’étranger n’est pas si facile pour un alternant. Elle a surtout pour ambition de "structurer la réflexion sur l'alternance comme modèle éducatif global", ce qui suppose d'organiser des colloques et des journées d'étude.
"Je trouve peu de travaux de recherche sur l'apprentissage. Trop souvent, les publications portent sur les taux d'insertion des jeunes passés par l'apprentissage, supérieurs à ceux des anciens lycéens, en oubliant qu'ils ont été pré-recrutés par une entreprise, pas toujours pour leur niveau académique d'ailleurs. D'autres questions sont plus intéressantes et ne sont pas suffisamment travaillées. Comment les connaissances acquises dans l'entreprise et celles acquises dans la salle de classe s'organisent-elles et se complètent-elles ? En quoi le fait de parler à un maître de stage comme à un pair, salarié de l'entreprise comme l'est l'apprenti, modifie l'acquisition des savoirs d'expérience ?"
La fondation doit "fédérer des gens qui travaillent sur ces sujets". En effet, pour Patrick Guès, les formes actuelles d'enseignement sont obsolètes. "L'enseignant qui répète ce qu'il a appris, c'est fini ! Il faut permettre aux jeunes de dialoguer avec leur environnement, avec le monde associatif, avec les entreprises... L'expérience des MFR (les maisons familiales rurales) me semble pouvoir être davantage mise en valeur, même si elle n'est pas la seule, les CFA, les lycées professionnels ont aussi beaucoup à nous apprendre, et peuvent contribuer à faire émerger de nouveaux modèles."
(1) La création de la Fondation pour l’alternance a été annoncée le 15 avril 2026 à l’occasion du 30e anniversaire de la Fondation MFR Monde. Elle est le fruit de la rencontre d’un porteur de projet -Patrick Guès qui a fait donation et légué ses biens à la Fondation des MFR dans le monde pour mettre en place cette fondation abritée-, de l’ambition de la Fondation des MFR d’amplifier ses actions en faveur de l’alternance et de la volonté de l’Union nationale des MFR françaises de s’associer à l’aventure. Elle répond à une ambition claire : faire de l’alternance un pilier structurant des politiques éducatives, sociales, sociétales, écologique et économiques, au service de la jeunesse, des territoires et de la société dans son ensemble. Son Conseil d’orientation devrait se réunir dans les jours qui viennent.
Fondation pour l’alternance, 58, rue Notre Dame de Lorette, 75009 Paris, fondationalternance@mfr.asso.fr
Propos recueillis par P. Bouchard, relus et complétés par P. Guès

