Manifestation lycéenne : petit témoignage
Paru dans Scolaire le mercredi 07 octobre 2026.
Comme Stendhal l'a très bien expliqué, les témoins d'un évènement ne voient rien, ou si peu. Mon témoignage sur la manifestation parisienne des lycéens ne prétend donc pas révéler une vérité.
Je décide vers 17h de rejoindre la manif et vers 17h15, je croise rue de Charonne des lycéens avec leurs pancartes, manifestement plutôt satisfaits d'avoir manifesté.Pour eux, la dispersion a eu lieu. Je rejoins la queue de la manifestation à hauteur du métro rue des boulets, ou plutôt une grande quantité de cars de CRS qui avancent très lentement, à mesure que le cortège avance. Le ballon de la CFDT est tout proche. L'ambiance est très détendue, pas de slogans criés, une foule très dense qui piétine en direction de la place de la Nation. Parmi les jeunes, un ou deux, mais pas davantage, en noir avec capuche et masque, mais pas davantage, et leur attitude est pacifique. L'un d'eux se met en tête d'une "chenille", ce sont, pour autant que j'en puisse juger, des copains-copines, sans doute des élèves de la même classe, qui le suivent.
J'arrive place de la Nation à 17h30. Plus personne n'avance, une odeur de lacrymogène commence à se faire sentir. J'entends l'explosion d'une grenade. Les jeunes scandent ACAB et "personne n'aime la police", mais elle reste très bon enfant. Il y a même une fanfare, avec tuba et clarinette, qui s'époumone. De nombreux adultes. L'un d'eux, qui porte le gilet de la CGT, m'explique que les étudiants ont souhaité assurer eux-mêmes le service d'ordre et il ne comprend pas trop ce qui se passe.
Je me rends compte que le boulevard Voltaire, par lequel je suis arrivé, est fermé, impossible de faire demi-tour. La foule est très dense, il est pratiquement impossible de se déplacer. Je suppose que la rue du Fg Saint-Anoine est également fermée, mais y aller voir relèverait d'un tour de force. Je me tourne vers l'avenue Philippe-Auguste. Le cordon de CRS laisse passer ceux qui veulent quitter la manif au compte-gouttes, un par un. Je veux comprendre, je fais quelques mètres pour vérifier que le bd Voltaire est hermétiquement clos. J'entends d'autres grenades exploser, je sens que mes yeux réagissent aux lacrymos, les ACAB sont de plus en plus forts, mais c'est la seule manifestation d'agressivité que je puisse percevoir. Une jeune fille partage avec des copines quelques masques "type covid". Je retourne côté Philippe-Auguste. Une femme est là, avec son vélo, elle ne manifestait pas mais travaillait dans le coin, elle voudrait rentrer chez elle. Nous nous frayons, très difficilement, un chemin. Nous passons derrière un cordon d'adultes qui se constitue spontanément, qui n'en est encore qu'à la moitié de la chaussée, et dont je devine qu'il ne résistera pas à la moindre charge de CRS. J'arrive au minuscule passage resté libre. Pour combien de temps? A en juger par ses insignes, j'imagine que le policier qui est à l'angle est un gradé. Je lui demande s'ils organisent une souricière. Il ne me répond pas. Bizarrement, juste derrière le cordon, une terrasse de bistro et des consommateurs attablés.
Mais c'est bien d'une souricière que je suis sorti, tout était en place pour qu'il y ait affrontement. Ce que j'ai vécu ne correspond pas à ce que j'entends aux "infos".

