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L'Académie des sciences décrit l'école telle qu'elle devrait être

Paru dans Petite enfance, Scolaire, Périscolaire, Culture, Orientation le lundi 28 septembre 2026.

L'académie des sciences considère qu'il est "de son devoir de contribuer à la réflexion démocratique (sur l'Ecole) à l’approche de l’élection présidentielle" et elle publie un rapport, titré "l’École, un héritage à transformer", réalisé après "de très nombreuses consultations" (dont celle de votre serviteur) dans le cadre d’un partenariat avec le CNESCO, les ENS de Lyon et Rennes et avec "le soutien" de l’ENS de Paris.

En une soixantaine de pages, les académicien.nes ont l'ambition de "dessiner le cap d’une possible transformation du système éducatif" en se fondant sur des constats "largement partagés" pour émettre des propositions dont ils/elles sont conscients quoiqu'ils ne l'écrivent pas qu'elles peuvent heurter la culture d'une partie du monde enseignant. 

Ils/elles constatent en effet que sa massification s’est opérée "sans transformation profonde" d'un système "fortement normatif", "marqué par une longue tradition d’élitisme et de sélection", ce qui explique que "l’ambition d’un socle commun de connaissances, de compétences et de culture partagé par tous peine à trouver une traduction effective". Une conception univoque de la réussite et du mérite "valorise un nombre très limité de parcours" tandis que certains élèves progressent "d’une classe à l’autre, presque indépendamment de (leurs) acquis".

Eloge de la diversité

Les auteurs/autricess estiment d'ailleurs que "le parcours scolaire des élèves en situation de handicap demeure trop fréquemment insatisfaisant", ce qui "a des effets importants sur la construction personnelle des élèves ainsi que sur la communauté scolaire et la société dans son ensemble". La diversité est en effet "un facteur de richesse (...). Elle s'exprime dans la classe, à travers l'hétérogénéité des élèves (...), mais aussi au sein des équipes enseignantes, dont la pluralité des profils et des expériences, comme la diversité sociale et culturelle, constitue une ressource à part entière."

Dans un "encadré", donc sans que la proposition soit totalement intégrée au rapport, les auteurs/autrices évoquent la "conception universelle de l’apprentissage (qui) vise à permettre à l’ensemble des élèves de grandir et apprendre ensemble dans la même classe", ce qui suppose "la disparition progressive et programmée des établissements spécialisés", tels que les IME, les IMPRO, les SEGPA, et les ULIS. "Au fur et à mesure de cette évolution, les enseignants concernés rejoignent les équipes éducatives des établissements scolaires" comme en Italie ou en Espagne où, "dans l’esprit des RASED, des enseignants spécialisés viennent en appui de leurs collègues". D'ores et déjà, les moyens actuellement consacrés aux AESH pourraient être progressivement réorientés pour financer "des enseignants de soutien". 

La dégradation de la santé mentale des jeunes "constitue un autre obstacle inquiétant à la réussite scolaire" et le rapport plaide pour une formation des équipes éducatives "incluant le repérage de signaux faibles, écoute bienveillante, ressources permettant d’orienter les jeunes vers les dispositifs d’urgence (...) La mobilisation des équipes éducatives doit être soutenue par la présence au sein des établissements d’équipes médico-sociales, et en particulier de psychologues en nombre suffisant."

Pour un changement de culture

Le contexte dans lequel intervient ce rapport est pris en compte, "des réformes trop fréquentes et peu cohérentes" et pour les personnels, "la multiplication des missions, l’évolution rapide des pratiques professionnelles et l’insuffisance de l’accompagnement (qui) contribuent à alimenter la fatigue professionnelle, le sentiment d’usure et, parfois même, la perte de sens" tandis que "la taille de l’institution, son organisation centralisée et hiérarchique ainsi que le cadre prescriptif qui structure son fonctionnement limitent ses capacités d’adaptation et d’innovation locale".

"Un changement de culture est nécessaire au profit d’une autonomie encadrée et évaluée et de plus de responsabilité individuelle et collective. La réflexion portée par ce rapport s’appuie sur le principe de subsidiarité ainsi que sur une confiance renouvelée dans les acteurs de terrain (...). Le projet d’école, pour le premier degré, ou d’établissement, pour le second degré, constitue un outil essentiel pour passer d’une culture de la prescription à une culture de la responsabilité", il s'agit de "promouvoir des formats d’apprentissage et d’évaluation qui favorisent la coopération plutôt que les comparaisons et la compétition."

Une évolution des pratiques

Au-delà du constat et des principes, le rapport prévoit un certain nombre de dispositions concrètes.

"L’enseignement doit poursuivre deux valeurs : l’apprentissage (savoir) et le vivre ensemble (citoyenneté)", les connaissances et compétences cognitives qu'acquièrent les élèves doivent "leur permettre de devenir des citoyens libres et éclairés, capables de vivre ensemble, et d’acquérir une culture commune riche de leur diversité". Il convient donc de redéfinir un socle, ce qui constitue "un défi important dans un monde en mutation rapide, marqué par l’essor de l’IA et l’émergence de nouveaux métiers".

Mais déjà, "une évolution des pratiques apparaît nécessaire afin de passer d'un enseignement centré sur les contenus à un enseignement davantage centré sur les situations d'apprentissage et l'activité des élèves."

Les enseignants "bénéficieraient d'une revalorisation salariale, à la hauteur de leurs responsabilités (...). Ni simples exécutants, ni précepteurs isolés, les professeurs exercent une responsabilité professionnelle dans l’ingénierie pédagogique et didactique. Cette responsabilité s’exerce collectivement au niveau de l’établissement ou du bassin d’établissements, dans un cadre fixé au niveau national."

Concrètement

 "Le temps de l’enfant (...) doit être repensé de façon globale et concertée (...), il doit inclure, pour tous les élèves, les temps dédiés aux devoirs et aux activités sportives, culturelles et citoyennes. Cette évolution implique une redéfinition des services des enseignants. Ceux-ci doivent intégrer explicitement l’accompagnement individuel des élèves, la supervision de projets, le travail collectif au sein de l'établissement, en contrepartie d’une réduction du temps consacré aux enseignements en classe". 

L'année comprendrait "36 semaines devant élèves, un séminaire d’établissement d’une semaine et une semaine de développement professionnel individuel". Dans le 1er degré, "un dispositif du type 'plus de maîtres que de classes' permet de libérer du temps de travail collectif et de formation hebdomadaire". Dans le 2nd degré, les enseignants auraient chaque semaine 12h de cours, 12h de préparation et corrections, 2h de projets pédagogiques, 4h d'encadrement des devoirs et d'accompagnement personnalisé, 5h "pour des missions hors enseignement".

Une gouvernance plus "horizontale et participative"

Les programmes doivent "donner davantage de place au raisonnement et au sens des apprentissages", il faudrait également donner plus de place aux apprentissages techniques et manuels. "Il pourrait être proposé aux enseignants volontaires de développer une compétence dans une discipline complémentaire, dans le cadre d’un parcours de formation adapté et reconnu (...). La gestion des carrières des enseignants doit être plus souple, permettant davantage de mobilités, de changements de missions, voire de passerelles avec d’autres professions." Parallèlement, "la création de fonctions de coordination reconnues et rémunérées (...) permettrait d’installer une gouvernance de proximité plus horizontale et participative". 

La gouvernance du bassin éducatif serait "exercée de façon collégiale avec l’ensemble de la communauté éducative, en partenariat avec collectivité
locale, acteurs de santé, tissu associatif (...)".

Un coût

"La réussite de ces transformations dépendra autant de la capacité à financer les mesures envisagées que de celle à attirer, former et maintenir les professionnels nécessaires à leur déploiement. L’investissement supplémentaire (est) estimé à environ 11 Md€ par an (...). Une transformation profonde de l'École ne pourra s'accomplir que dans la continuité (...). Il appartient aux responsables politiques d’inscrire la transformation dans la durée, au-delà des échéances et des alternances politiques."

Le rapport (53 pages sans les annexes) ici

 

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