L'enseignement catholique en quête d'un nouveau modèle s'appuyant sur le professionnel et sur les territoires (SGEC)
Paru dans Scolaire le jeudi 10 septembre 2026.
D'ici dix ans, du fait de la démographie, l'enseignement public sera en capacité d'accueillir tous les élèves et l'enseignement catholique va devoir approfondir et renouveler sa relation avec les pouvoirs publics et avec la nation toute entière, explique Guillaume Prévost. Le secrétaire général de l'enseignement catholique a mis à profit la traditionnelle conférence de presse de rentrée pour dresser un tableau de l'enseignement privé et de ses perspectives, avec un discours en rupture avec le propos habituel.
Il s'agit d'abord du lieu, un lycée professionnel de Seine-Saint-Denis, à Dugny, de l'affirmation que la France devrait compter cinq millions d'apprentis et que l'enseignement professionnel est "le fer de lance du renouveau éducatif" alors que le système scolaire est en grande difficulté.
Le raisonnement, quoi qu'il en dise, est pour partie au moins fondé sur une donnée quantitative. Alors qu'aux lendemains de la guerre, l'Etat ne pouvait se passer de l'enseignement privé pour scolariser les enfants du baby-boom, ce n'est plus vraiment le cas. La participation du privé catholique au service public doit donc trouver de nouvelles formes, qualitatives, en participant à la diversification de l'offre aux familles.
Il prend alors l'exemple d'un village qui compte une école privée et une école publique, trois classes en tout, avec le risque de fermer les deux. Ne serait-il pas possible d' "envisager une structure mixte" ? Mais au-delà, c'est une autre réflexion qui s'amorce. Comment sortir de la logique actuelle : l'idéal est de rester dans le système scolaire le plus longtemps possible, dans le cadre de la "course aux diplômes". La France est championne dans la distribution de diplômes, mais ses résultats au test PISA obligent à se poser des questions sur leur valeur. Or la "loi Pénicaud" de 2018, qui est pour lui, essentielle, a eu le mérite de "déscolariser notre système éducatif", de promouvoir l'apprentissage; il ne faudrait surtout pas "casser la dynamique" alors lancée, mais donner aux apprentis les mêmes ouvertures qu'aux scolaires, qu'il s'agisse d'Erasmus ou des possibilités de poursuites d'études. Guillaume Prévost donne l'exemple d'un jeune en échec passé par une prépa-pro et un CAP et qui termine actuellement un master en commerce international... L'objectif doit être d'avoir 80 % de jeunes inscrits dans une voie professionnalisante. Il faut aussi promouvoir le geste professionnel dès le collège, proposer aux élèves "une activité manuelle en atelier sur le temps périscolaire", "réconcilier le coeur, la main, la tête".
L'autre enjeu pour l'enseignement catholique est de s'inscrire dans les territoires, de nouer des partenariats avec tous les acteurs, y compris les crèches et les EHPAD, avec les associations, les parents, de fermer peut-être des établissements de centre-ville et de réallouer les moyens dans des secteurs socialement plus difficiles (Guillaume Prévost rappelle alors la demande du financement de la cantine et des transports à égalité avec le public), pour proposer partout une offre différente, chrétienne, et aussi pour en finir avec l'opposition entre le monde de l'Ecole et le monde de l'entreprise. C'est d'une stratégie globale que le secrétaire général a esquissé les contours pour des établissements qui vont devoir justifier par leur offre leur existence dans un contexte de diminution de la demande.

