Comment "le Plan" voit l'avenir de l'Ecole
Paru dans Scolaire le mardi 01 septembre 2026.
"Dans le premier degré, viser une organisation des semaines de cours sur la base de quatre jours et demi au minimum." Cette onzième et dernière recommandation du rapport que vient de publier le "Haut commissariat à la stratégie et au plan" donne la mesure de son ambition, réunir les "éléments de diagnostic" sans se soucier de l'acceptabilité des recommandations. Seconde caractéristique du rapport, il est le fruit d'un groupe de travail dont plusieurs membres influents ont contribué, au sein du Conseil scientifique réuni par Jean-Michel Blanquer ou dans l'administration à la mise en oeuvre des orientations de l'Education nationale depuis 2017, et sont donc juges et parties. Troisième caractéristique, le document n'engage que le Haut commissariat, en aucun cas le Gouvernement.
Les auteurs constatent que "certains défis" auxquels est confrontée l'Education nationale sont "extérieurs au système éducatif, comme la croissance rapide du nombre d’élèves en situation de handicap", "l’omniprésence des écrans", ou "l’hétérogénéité des publics scolaires accueillis". Toutefois, notent les auteurs, la part des élèves immigrée ou issue de l’immigration "n’accroît pas mécaniquement l’hétérogénéité des publics en termes d’acquis scolaires".
D'autres sont des facteurs dus à l'organisation du système et à ses moyens, "classes relativement chargées" (près de 26 élèves par classe au collège en 2023), "faible attractivité du métier d’enseignant, formation initiale trop peu pratique, formation continue et accompagnement limités, exercice parfois solitaire du métier, rythmes scolaires inadaptés, ou encore orientations pédagogiques ne favorisant pas suffisamment l’assimilation à long terme des connaissances, alors que les réformes s’enchaînent sans avoir toujours fait l’objet d’évaluations".
Les auteurs consacrent une assez large place aux "méthodes d’apprentissage de la lecture les plus efficaces", à savoir la méthode phonique synthétique stricte (selon eux, en se fondant sur les travaux de J. Deauvieau qui n'ont été publiés par aucune revue scientifique, voir ici), laquelle n'est employée que "par une minorité d’enseignants". En mathématiques, "l’enseignement explicite de la résolution de problèmes est encore rare". En sciences "les volumes horaires effectifs restent faibles à l’école élémentaire, les changements de programme ont été nombreux et la promotion des démarches d’investigation – intéressantes quoique difficiles à maîtriser – a laissé moins de temps à l’acquisition des concepts fondamentaux".
Plus globalement, ils considèrent que "depuis une quarantaine d’années au moins, les enseignants ont été formés avec le souci de mettre en œuvre des méthodes d’enseignement favorisant l’engagement des élèves. Si personne ne remet en cause la nécessité de l’engagement, il se peut que le balancier soit allé trop loin du côté de l’activité, du faire , délaissant quelque peu la transmission et l’ apprendre". Ils nuancent leur propos : "Les ajustements pédagogiques recommandés dans les rapports peuvent donner lieu, sur le terrain, à des modifications qui (...) peuvent prendre un caractère quelque peu caricatural." Finalement, croit-on comprendre, seule une minorité d'enseignants serait allée trop loin dans le recours aux méthodes actives, à moins que les auteurs reconnaissent à mi-mots qu'ils ne savent pas ce qui se passe réellement dans les classes. Ils proposent toutefois d'agir via les manuels dont la labellisation rencontrerait "une très forte opposition", mais sur lesquels "une commission de spécialistes et d’enseignants" pourrait donner "une information qualitative".
En ce qui concerne la formation initiale des enseignants, elle serait "trop théorique" et leur formation continue ne leur donnerait guère satisfaction : "inadéquation entre les besoins exprimés et l’offre proposée, contenus ltrop théoriques, incompatibilité avec les horaires de travail, etc." Il faudrait d'ailleurs, pour que "l’obligation de formation continue" soit "opérante", envisager "une modification des obligations de service" des enseignants du second degré" tandis que seraient expérimentées "des formes de spécialisation des professeurs des écoles".
Le rapport pointe "quelques options envisageables" : "réduction de la taille des classes, revalorisations des traitements, éventuellement ciblées sur les affectations et les missions où les difficultés de recrutement sont les plus criantes, diversification des carrières, renforcement de l’accompagnement et du pilotage pédagogique, modification des obligations de service, spécialisation des professeurs des écoles, labellisation des manuels et modification des rythmes scolaires". Il faudrait ausssi que " toute réforme, toute modification de notre système scolaire (soit) pilotée avec le souci de son évaluation".
Le groupe de travail recommande aussi de "mettre en œuvre un pilotage pédagogique plus autonome à l’échelle locale".
ils sont respectivement 77 % et 70 % à déclarer ne jamais observer les cours d’autres enseignants ni leur fournir des retours
On compte en moyenne un inspecteur pour 280 enseignants dans le premier degré, et un pour 240 dans le second degré
avec un nombre annuel d’heures d’instruction élevé
transformer une partie du temps de formation continue – précieux et probablement insuffisant – en séances d’information sur les nouveaux dispositifs mis en place.
concentré sur un faible nombre de jours de classe
les réformes scolaires se succèdent en France à un rythme élevé.
transformer une partie du temps de formation continue – précieux et probablement insuffisant – en séances d’information sur les nouveaux dispositifs mis en place.
Cet échec ne semble pas imputable au temps d’instruction : depuis 1969, année où ils avaient fortement diminué en CP, les horaires de français sont restés globale- ment assez stables.
aucun enseignant ne mobilise plus la méthode globale , dans laquelle les élèves doivent mémoriser les mots sans passer par leur déchiffrage. Mais la méthode phonique synthétique stricte , qui apparaît la plus efficace, particu- lièrement pour les élèves de condition modeste ou de faible niveau scolaire, n’est encore utilisée que par une mi- norité d’enseignants
Sur l’ensemble de la scolarité, entre l’âge de 6 ans et de 14 ans, les élèves fran- çais font partie de ceux qui bénéficient du plus gros volume d’heures de mathématiques, avec près de 1 450 heures contre une moyenne internationale de 1 100 heures.
a moindre importance accordée au- jourd’hui aux techniques opératoires
l’enseignement explicite de la résolution de problèmes ouverts
En matière de forma- tion continue, dans le cadre du plan mathématiques et du plan français, des formations en constellations , qui semblent prometteuses, ont été expérimentées : avec l’aide d’un référent formé spécifiquement, des groupes d’enseignants peuvent ainsi échanger dans la durée sur leurs pratiques, organiser des visites permettant l’observa- tion croisée – pratique encore peu commune en France – et explorer de nouvelles modalités d’enseignement.
poursuivre la baisse de la taille des classes, au moins dans le premier degré, pour par exemple viser une taille moyenne comparable à celle de nos voisins, tout en concentrant cet effort sur les publics les plus en difficulté. Il serait aussi légitime de revaloriser la rémunération des enseignants, là encore en ciblant éventuellement les affectations et les missions où les difficultés de recrutement sont les plus criantes.

