Ce que signifie "Eduquer" pour l'ancien responsable de Stanislas (ouvrage)
Paru dans Scolaire le dimanche 30 août 2026.
"L'Ecole (catholique) n'est pas plus le moyen de lutter contre les inégalités (...) que le bras séculier de la République destiné à arracher les enfants au 'déterminisme familial' (...). La réduction des inégalités n'est pas la finalité de l'instruction, elle en est le fruit." Frédéric Gautier a été chef d'établissement (Saint-Louis de Gonzague et Stanislas), directeur diocésain à Paris et il publie aux éditions du CERF "Eduquer, petit traité pour des temps chahutés". Il n'y évoque pas Betharram et autres crimes qui ont pu mettre en difficulté l'enseignement catholique, ni les estimations récentes du pourcentage des familles incestueuses, mais les "tensions autour (du) caractère propre" des établissements. Il en affirme la pertinence : "Les écoles catholiques participent pleinement à (la) mission de recherche et d'annonce de la vérité (...). Mais ce qui relève de la raison et du droit naturel est aujourd'hui combattu, voire criminalisé par le droit positif." L'auteur ne précise pas ce qu'il entend par "droit naturel", mais il invoque, après Benoît XVI, le lien entre foi et raison. Sans situer explicitement l'autorité de Rome au-dessus de celle de la République, c'est celle-ci qui pour lui fait référence.
L'ouvrage est essentiellement destiné aux parents qui "sont invités à connaître, comprendre et reconnaître ce qui est à la racine d'un projet chrétien d'éducation". Il y ont leur part de responsabilité: "C'est d'abord dans le cercle familial que s'apprennent les règles de vie en société (...). L'Ecole est le plus souvent impuissante à pallier ce qui n'a pas été vécu et reçu en famille", mais celle-ci doit "combattre le mauvais usage qu'un enfant ou un élèves peut parfois faire de sa liberté (...). L'Ecole avec ses rites, ses rythmes, ses coutumes, ses répétitions, est un lieu privilégié d'acquisition des bonnes habitudes qui façonnent les élèves, forment les caractères, construisent les personnalités." L'auteur cite d'ailleurs une formule de Bernard de Chartres "qui redit l'irremplaçable rôle du maître, l'indispensable docilité de l'élève".
Et l'éducateur doit se garder de vouloir séduire ses élèves et de toute intrusion dans sa sexualité : "L'obsession de la sexualité dans la relation éducative scolaire doit interroger et conduire à une réaction immédiate", d'autant que "les premiers responsables de cette éducation sexuelle sont les parents (...). Ce n'est pas parce que la sexualité est une dimension importante de l'éducation qu'elle doit être évoquée en milieu scolaire dans ses aspects les plus intimes."
Autre thème d'actualité, la dénonciation de "l'entre-soi" alors que cet "entre soi" est "une condition préparatoire" du "vivre ensemble" : "Les prétentions d'un 'vivre-ensemble' qui veut se référer à une identité commune" et des "valeurs trop universelles pour être opératoires, sont vouées à l'échec (...). Il faut un minimum d'homogénéité aimable pour accepter une hétérogénéité supportable." Plus loin d'ailleurs, l'auteur dénonce une politique qui "voit l'universel sans le particulier (...). Racines, terroir, identité, appartenance, deviennent des concepts suspects". F. Gautier considère que l'Etat ne peut se substituer à la famille, "pas plus qu'il ne peut revendiquer d'être seul à l'origine de la responsabilité d'éduquer".
"Eduquer, petit traité pour des temps chahutés", Frédéric Gautier, Editions du Cerf, 248 pages, 20,90€

