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Jamais aucune brebis n'a joué à « Loup y es-tu? Que fais-tu ? »

Paru dans Petite enfance, Scolaire, Périscolaire, Culture le mercredi 15 juillet 2026.

Le Centre national du livre a publié, à la mi-avril, une enquête IPSOS-BVA sur les jeunes Français et la lecture, pour se désoler du temps passé sur les écrans au détriment du papier. Tous les médias ont repris ces données pour s’en désoler, en considérant comme une évidence qu’il faille s’en désoler. Pourquoi serait-il plus essentiel de lire un bon roman policier que de jouer à un bon jeu d’aventure sur écran ? Cette désaffection pour la lecture menace-t-elle notre culture ? Et si oui, quelle est la responsabilité de l’Ecole ?

Moins dramatique qu'annoncée, l'étude  commanditée par le CNL pointe toutefois un phénomène particulièrement inquiétant, une baisse de la pratique de la lecture aux enfants avant le coucher, avec la crainte que, une fois adolescents, ils lisent moins, et que plus tard, adultes et parents, ils voient d'autant moins l’intérêt de ce rituel, que la génération suivante la voie encore moins, et que le mouvement de désaffection pour la lecture de livres aille en s’amplifiant. 

Président d'une association qui promeut la lecture aux tout petits, dans les salles d’attente des PMI, sur les terrains d’accueil de gens du voyage, dans des maternelles "REP+++ ", dans des cages d’escalier de HLM, partout où nos lecteurs/lectrices peuvent rencontrer des enfants qui n'ont pas accès au livre, je suis évidemment sensible à l’inquiétude exprimée par la présidente du CNL.

La médecine ne suffit pas à soigner l'humanité

"Lire à voix haute - Normandie" a été créée à Dieppe au tournant du siècle, comme une petite soeur d’ACCES, "Action culturelle contre les exclusions et les ségrégation". Cette association avait elle-même été créée une vingtaine d’années plus tôt par trois pédopsychiatres, R. Diatkine, T. Lainé et M. Bonnafé. Médecins, ils ont compris que la médecine ne suffit pas à soigner l'humanité, il y faut aussi la culture. Ils ont alors une intuition extraordinairement heuristique, pour combattre les exclusions et les ségrégations, il faut attaquer le mal aux racines et donc s'adresser aux bébés avec des livres de grande qualité. La littérature jeunesse est encore loin d'avoir le développement qu'elle a aujourd'hui. Seconde intuition, aller chercher les tout-petits là où l'on trouvera ceux qui n'ont pas accès chez eux au  "Il était une fois" (j'entends par là toute la littérature jeunesse, des imagiers sans aucun texte aux contes de Perrault, Toni Ungerer, Claude Ponti et tous autres formidables auteurs, avec ou sans cette formule magique). Ils ont donc formé des lectrices (presque toujours des femmes) et les ont envoyées avec leurs malles aux livres dans des lieux où la culture, au sens de "culture générale" pouvait faire défaut, un principe que je me propose d'interroger…

La règle est simple, le lieu et le moment de l’intervention a été choisi avec ceux qui en sont les responsables, association gestionnaire, pédiatre, enseignant.e, bibliothécaire, EJE... qui en ont compris tout l’intérêt, chaque enfant a la possibilité de choisir un livre (ou, pour les bébés, de manifester son intérêt), la lecture lui est dédiée, les autres enfants peuvent profiter de la lecture avant d’en bénéficier eux-mêmes, les adultes de référence, parents, éducateurs/trices, ne sont jamais loin.

Une lectrice peut choisir de venir dans tel immeuble tous les premiers mercredis du mois, les enfants le savent, ils apprécient le rendez-vous et reçoivent donc, à date fixe, le bénéfice d'une lecture choisie, le processus est cumulatif, il a une dimension éducative, il provoque, comme l’a montré récemment un programme de recherche mené par une équipe romaine à Turin, Parme et Capo di Leuca (il est vrai avec des adolescents1), une évolution du développement cognitif et émotionnel. Mais la plupart des enfants ne viennent qu'occasionnellement à la PMI. Il est vraisemblable qu'ils ne rencontrent qu'une fois cette personne étrangère qui leur propose de leur lire un livre de leur choix. Le processus n'est alors pas éducatif mais initiatique. Il suffit d'une fois. 

Qu'est-ce qu'un processus initiatique, sinon un rite de passage, d'admission dans une communauté. Le baptême fait entrer l'enfant dans l'Eglise. Dans quelle communauté fait entrer le "Il était une fois" ? Si c'est un imagier qu'il choisit, l'enfant va prendre plaisir, un plaisir partagé avec la lectricee, à voir un ballon avec lequel il ne peut pas jouer ou un chien qui n'aboie pas. Si c'est Le petit chaperon rouge, il va s'émouvoir, avec l'adulte, du sort d'une petite fille qui n'existe pas, menacée par un loup qui n'existe pas, lequel a mangé une grand-mère qui n'existe pas davantage. 

Quelle est cette communauté qui aime ne pas jouer à la balle et avoir peur d’un personnage imaginaire ? Les brebis ont peur du loup quand elles sont à l'estive et que le carnassier rôde, elles partagent une émotion, la peur panique, mais le danger est bien réel. Jamais en revanche aucune d’entre elle n'a invité ses congénères à jouer à « loup y-es-tu? que fais-tu ? » pour partager avec elles, bien au chaud dans leur étable, le doux frisson de la peur en l’absence de toute menace. Aucun chien ne jappe quand on lui présente l’image d’une balle qu’on ne lancera pas pour qu’il la ramène.

Nos trois pédopsychiatres ont posé, implicitement, une définition de l'humain : la capacité à partager avec un.e inconnu.e des émotions provoquées par quelque chose qui n'existe pas. Et ils nous obligent à interroger les origines de l'humanité, de la différence avec l'animal, à tenter de comprendre d'où vient cette capacité à partager des émotions sans cause matérielle.

Système digestif et pelage

Faut-il penser que l'Homme a été réellement Homme à l'instant où se sont refermées les portes du jardin d'Eden, ou, avec Teilhard de Chardin, que son émergence, après quelques centaines de milliers d'années, s'inscrit dans la logique de son "phylum", simultanément en plusieurs endroits de la Terre, ou faut-il attendre de l'anthropologie qu'elle nous révèle les coordonnées du lieu, quelque part dans la vallée de l'Omo, où notre ancêtre commun aurait quitté l’abri des grands arbres ? Chacun peut choisir, imagineer, rêver les premiers de l'humanité, un commencement est toujours inconnaissable. Ce que nous en savons est nécessairement le fruit d'hypothèses, voici les miennes. Qu'on me pardonne de laisser un instant vagabonder ma rêverie. Outre la station debout et l'étroitesse du bassin, deux caractéristiques me paraissent essentielles, le système digestif se fragilise et nécessite une alimentation diversifiée, le poil du pelage se fait rare. 

S'il leur faut à la fois des glucides, des lipides et des protides, des racines, des baies et des viandes, vu la difficulté de se les procurer, certains de ces primates se font cueilleurs et d'autres chasseurs, et, le soir venu, ils échangent, un oiseau contre cinq poignées de baies. Mais, pour diverses raisons que chacun imaginera à sa guise, le cueilleur peut n'avoir pas besoin d'un oiseau ce jour-là , il peut échanger ses baies et ses racines contre la promesse d'un oiseau et un caillou blanc vient garantir que la promesse sera tenue. Le caillou peut être échangé contre un oiseau ou contre les soins d'un sorcier qui pourra, à son tour l'échanger contre un oiseau. Dès lors qu'est instauré un système de créances commun à un petit groupe d'hominidés, le caillou blanc est bien davantage qu'un caillou, il est porteur d'un rêve d'avenir. J'en ai deux, j'en ai trois, je les regarde, je ne vois pas des cailloux, je vois des oiseaux délicieusement rôtis que je pourrai partager avec tel (ou telle) autre membre de la tribu. L'argent est, aujourd'hui comme avant-avant hier, le support du rêve éveillé. Tout acheteur d’un billet de loterie a réparti entre ses parents et lui-même les millions d’euros qu'il n'a pas gagnés.

Seconde caractéristique d'homo erectus qui me semble importante, il a perdu une bonne part de sa fourrure, il n'est plus protégé des ardeurs du soleil, ni de la pluie, il lui faut s'abriter. Tant qu'il suffit de trois feuilles, le problème est vite réglé. Mais le bonhomme perd encore de son poil, il lui faut un abri plus consistant, il doit assembler des branchages, c'est long, compliqué, il y faut de l'ingéniosité, il faut le faire durer, ce qui suppose des règles d'usage dès lors qu'ils sont plusieurs à partager cette forme rudimentaire de domicile. Pas question d'uriner ou de déféquer à l'intérieur, ni même juste à côté ; un lieu, à distance raisonnable est choisi, en fonction des vents dominants... Et ces règles d'usage deviennent la loi de la tribu.  

Le coût de l'habitat augmente, comment se débarrasser du corps ?

Mais voilà que notre lointain ancêtre perd encore de ses poils, le coût de l'habitat, quelle qu'en soit la nature, augmente, et donc la nécessité de le faire durer davantage. Un vieillard meurt. Il est plus économique de se débarrasser du corps que de partir chercher un autre abri rocheux, ou de construire une autre hutte. L'opération est complexe. L'exposer ? Pas trop loin, il est lourd. Pas trop près, à cause des odeurs, du risque d’attirer des charognards qui peuvent s'en prendre aux enfants. Le jeter à la rivière ? L'enterrer ? L'incinérer ? Le manger ? De même qu'elle a fixé des règles en matière d'excréments, la tribu en détermine d'autres pour gérer les funérailles. Les gestes sont des rituels, prévus et prévisibles.

Dès lors que leurs intestins sont plus fragiles et qu'ils ont perdu leur fourrure, qu’ils ont une monnaie, des règles de vie commune et des rites funéraires, les hominidés connaissent des émotions, peur, tristesse, joie, anxiété causées par des motifs bien réels et d'autres que provoquent des motifs imaginaires, des évènements qui ont eu lieu, ou qui pourraient avoir lieu, mais qui ne s’inscrivent pas dans la réalité immédiate. Ils connaissent les rêves éveillés. Et ils ont envie de les partager, d’utiliser des signes, des gestes, des motifs tracés dans le sable, des dessins dans des grottes, des danses, des chants, bientôt des mots, ceux qu’ils utilisent pour régler les problèmes bien réels du quotidien servent aussi à dire les espoirs et les peurs que suscite un avenir incertain, ou trop certain… 

Des signifiants pour partager une émotion

Je propose cette définition : Il y a culture, donc humanité, différence radicale avec les autres animaux, dès lors que des signifiants, ordinairement utilisés pour régler les questions du quotidien, le sont aussi pour partager avec autrui, y compris un.e inconnu.e, une émotion provoquée par un motif imaginaire.

La culture est ce qui donne accès à des oeuvres de l'esprit susceptibles de provoquer chez des individus divers une même émotion bien que cette émotion n'ait pas d'objet réel, elle permet de communier dans un élan qu'aucun fait matériel ne justifie. Chacun d'entre nous peut s'écrier avec l'auteur "Madame Bovary, c'est moi", même s'il est un homme et alors qu'aucun état civil n'a enregistré l'existence d'une Emma Rouault épouse Bovary... C'est en ce sens que l'enfant qui éprouve le doux frisson de la peur et le partage avec un adulte qui lui lit Le petit chaperon rouge connaît une expérience initiatique, il entre en humanité. Il pourra plus tard lire Madame Bovary, La métamorphose, Guerre et Paix, Les Essais

A cette aune, faut-il considérer la moindre chanson d'amour, de celles qui ne durent qu'un été, comme un objet culturel ? Oui, mais de faible ampleur puisque, au total, elle aura provoqué moins de ces émotions partagées qu'une cantate de Bach depuis plusieurs siècles. Il n'est pas possible, dans l'espace de cet article, de détailler pour chaque forme d'art en quoi et comment elle se réfère à ce qui n'existe pas pour provoquer une émotion partageable. S’agissant de fictions, poèmes, textes destinés au théâtre, ou à être chantés, je ne pense pas nécessaire d’insister, sinon pour souligner que ces émotions ne sont pas nécessairement dicibles. Que provoque exactement en chacun d'entre nous la lecture de Madame Bovary ou une représentation de Macbeth ? La critique littéraire ou théâtrale, celle des journaux comme la plus savante, peine à le préciser, d'autant plus que l'oeuvre est forte, riche de significations diverses, souvent contradictoires, prises dans les replis du texte, dans des ambiguïtés que nulle IA ne générera jamais.

La définition me semble valoir pour d’autres objets culturels. Déjà dans l’antiquité, il était évident que la beauté d’une sculpture n’était pas mesurable à l’aune de sa fidélité au réel. La Vénus (dite de Milo) a sans doute été inspirée par une femme bien réelle, mais la statue est bien davantage que son image, elle est la représentation de l'idée de beauté. Les Nymphéas ne sont pas des nénuphars, ni des couleurs sur une toile, ils sont l’invention d’un monde de couleurs et de lumières telles qu’elles n’existent pas. Aucun oiseau ne chante comme ils chantent chez Messiaen. Au cinéma, la bande son nous dit sans cesse que "ceci n’est pas une représentation du réel", un peu comme Magritte le fait avec sa pipe; dans la vraie vie, les violons ne sont jamais là à l’instant précis où les yeux du héros rencontrent ceux de l’héroïne.

Toute culture a une dimension patrimoniale

On le voit, la définition que je propose de la culture, de ce qu’on appelle "culture générale" pour la différencier des cultures professionnelles a déjà le mérite d’effacer, ou du moins d’interroger la frontière entre "culture légitime" et "culture populaire". La question, s’agissant des objets qui nous sont contemporains, est complexe. Que faire du monde enchanté de Disney ? Faut-il distinguer les oeuvres, je pense à Bambi, et les produits dérivés, je pense aux parcs d'attraction ? Certains romans de la "Série noire", donc réputés ne pas mériter le titre d'objets culturels, sont passés dans "la Blanche" et Gallimard nous demande de les considérer d’un autre oeil. La définition des objets culturels est donc constamment révisée, et tel auteur, tel artiste qui fut célébré en son temps n'est plus qu'un chapitre de l'histoire des sensibilités.

Et toute culture est universelle. Les vagues d’Hokusai appartiennent au patrimoine mondial, bien que le spectateur occidental n’ait pas toutes les clés pour en comprendre la force évocatoire.  C’est que la plupart des objets culturels, pour jouer leur rôle, demandent à celui qui les reçoit d’avoir les moyens d’accéder à leur compréhension. Comme l'écrit Albert Thibaudet, dans la préface des Essais (la Pléiade, 1939) : "Il y a une certaine culture littéraire qui est indispensable au lecteur de Montaigne, et en-dessous de laquelle l’éditeur d’un texte du xvième siècle essaierait vainement d’être utile."

Il appartient évidemment à l'Ecole, de la Maternelle à l'Université de donner, autant que faire se peut, à tout un chacun l'accès au plus grand nombre d'oeuvres, d'accompagner, autrement que ne le fait la famille et l'entourage, l'enfant vers l'âge adulte en humain capable de s'émouvoir. L'initiation, je reviens à la lecture aux tout petits, au "Il était une fois...", qu'il s'agisse d'un imagier ou d'un conte de Perrault, donne par elle-même la première et la plus importante des clés, l'enfant comprend l'essentiel, un autre monde existe, il est contenu dans cet objet, un livre, dont, par l'entremise d'un adulte, il sort comme le génie de la lampe d'Aladin.

Cette expérience précoce de l'émotion provoquée par ce qui n'existe pas à une importance capitale en termes de développement cognitif. Le livre donne une réalité au "Il". Les deux premières personnes, celles que désignent le "Je" et le "Tu" sont présentes, elles sont dans l'immédiat alors que le "Il" est celui dont on parle mais qui n'est pas là, celui qu'on a vu ou celui qu'on verra plus tard, ou celui qu'on ne verra jamais. La lecture donne accès à la représentation de l'absence, donc à l'abstraction, donc à la connaissance, au symbolique.

L'Ecole, le lieu où l'enfant rencontre des enfants et des adulttes qu'il n'a pas choisis

Il s'agit maintenant, pour que l'enfant progresse en humanité, de lui donner accès à une grande diversité d'oeuvres, donc à une diversité d'inconnus avec qui partager des émotions indicibles. C'est pourquoi il est si important que l'Ecole reste le lieu où l'enfant rencontre d'autres enfants qui ne sont pas de son cercle familial ni d'amis de ses parents, mais des camarades qu'il n'a pas choisis, c'est pourquoi la mixité sociale et scolaire est si importante, qu'elle est consubstantielle à l'Ecole.

Elle en est la condition et la conséquence. Sans mixité sociale, pas d'émotion partagée avec différent de soi qui est à la fois nécessaire aux apprentissages et la finalité des apprentissages pour qu'ils tendent à faire de l'enfant un futur humain, partie prenante de toute l'humanité.

Je ne dirai rien ici des enseignements scientifiques, sinon que la beauté d'un théorème, qui décrit la réalité de la relation entre des objets imaginaires, et j'en reviens à la culture littéraire. Impossible de s'émouvoir du suicide de l'héroïne de Flaubert si on ne sait pas lire, ni non plus si on n'a pas la moindre idée de ce que sont les valeurs partagées des notables et de la petite noblesse au xixème, ni d'apprécier une cantate si on ignore tout de ce qu'est le contrepoint ou une cadence, ou d'entendre les confidences d'Andromaque sans savoir qu'un alexandrin compte douze syllabes et deux hémistiches. Plus nous disposons de ces outils de compréhension, plus nous pouvons partager d'émotions, plus nous sommes cultivés et plus le cercle de l'humanité auquel nous avons accès s'élargit, au-delà de toute frontière.  

Nous étions dans un passé très lointain, et nous avons posé les fondements d'une réflexion prospective sur notre système éducatif, qui a nécessairement une dimension patrimoniale : donner accès aux oeuvres du passé, celles qui émeuvent le plus grand nombre au-delà du temps présent. Toute réforme à venir de notre système scolaire doit avoir au coeur de ses préoccupations la mixité sociale et la coopération, donc le partage d'émotions avec qui ne se ressemble pas. L'Ecole ne donnera jamais accès simultanément aux objets de culture en français, en bambara, en mandarin et en vieux norrois, mais elle doit donner la curiosité d'y aller voir, et toujours se souvenir qu'elle a pour finalité l'expérience de l'émotion et du plaisir partagé.

 

1 - "Read Aloud to prevent early school leaving and promote equity of learning opportunities", étude coordonné par Federico Batini (la Sapienza, Rome) et Cristiano Corsini (Roma Tre) 

 

 

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MONTAIGNE AUJOURD'HUI

Une nouvelle traduction des Essais,
au plus près d'une intelligence en mouvement.

* Détail de la statue de Montaigne
par Paul Landowski (Paris 5ème)

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