Le "plan maternelle" fait l'unanimité, mais il n'est pas porté politiquement (Inspection générale)
Paru dans Petite enfance, Scolaire le mercredi 15 juillet 2026.
Le "plan maternelle" a été engagé le 10 janvier 2023 par Pap Ndiaye mais "il semble que le dialogue stratégique et de performance entre le ministère et les académies prenne en considération le plan maternelle à un degré moindre que les deux autres plans mathématiques et français", écrit, avec un art consommé de la litote l'Inspection générale de l'Education nationale. Celle-ci, dans un rapport qui vient d'être publié note qu'il intervient dans un contexte "marqué par la coexistence de plusieurs autres priorités nationales qui lui préexistaient, en particulier les plans mathématiques et français, le programme de lutte contre le harcèlement à l’école, la formation aux valeurs de la République et l’évaluation des écoles".
Sauf exceptions comme dans l'Eure, la plupart des académies et DSDEN (directions départementales) n'ont eu ni les moyens, ni la volonté de le porter. "Depuis la rentrée 2009, chaque DSDEN missionne un IEN pour le pilotage de la maternelle", mais seuls 16 % des départements "accordent une décharge totale à cette mission" et dans la moitié des départements, l'EAFC (école académique de formation continue) "n’est pas impliquée sur ce sujet".
Les auteurs/trices du rapport insistent pourtant sur l'importance des premières expériences scolaires de l’enfant "car la manière dont les adultes de l’école (...), respectent ses besoins de sécurité, d’attachement, et donc de confiance, mais aussi ses besoins de sommeil et d’activité motrice, conditionne chez l’enfant son engagement cognitif et sa motivation à apprendre, son rapport à l’école, aux personnels, aux apprentissages, mais aussi son développement social, affectif et moteur." C'est peu dire qu'il "n’est pas réductible aux mathématiques et au français".
Il intervient alors qu'un quart des enfants de moins de six ans sont "exposés au risque de pauvreté ou à l’exclusion sociale", proportion qui a augmenté de près de 5 points depuis 2015. Depuis 2019, les niveaux de performances en compréhension du langage oral mesurées à l'entrée en CP ne se sont pas améliorées et les écarts pour l'ensemble des performances mesurées en français varient de 10 à 32 points "entre les élèves scolarisés dans le secteur public hors EP et ceux scolarisés en REP+".
Il serait donc important "de développer dès la maternelle les compétences langagières des élèves". Mais aussi de considérer l'importance de "la continuité du parcours de l’élève" pour laquelle existe "une marge importante de progression, en raison notamment du caractère segmenté de la politique publique de la petite enfance (0-3 / 3-6 ans) en France (...). Le renforcement des liens entre les acteurs de la petite enfance, l’ouverture de l’école aux parents et la consolidation des dispositifs tels que les classes passerelles et les TPS apparaissent essentiels pour fluidifier ces transitions et réduire les inégalités qui s’installent dès le plus jeune âge." Le rapport évoque des "exemples de construction d’une crèche dans une école", lesquels témoignent "d’une prise de conscience collective de l’importance de la transition".
S'agissant des formations conjointes entre enseignants de maternelle et ATSEM, qui ont un vif succès, les difficultés de leur mise amènent "à réinterroger la gestion des 108 heures à l’échelle des départements et des circonscriptions".
Autre sujet d'interrogation, "l’âge comme unique critère d’entrée à l’école élémentaire alors qu'un élève né en janvier "a presque un an de plus qu’un élève né en décembre", ce qui pose également question à l'entrée en maternelle et la mission d'inspection recommande d' "encourager les dispositifs et les expérimentations facilitant une entrée progressiv en petite section en fonction de la maturité des élèves".
Les auteurs/autrices soulignent que "de façon unanime, les acteurs interrogés par la mission ont souligné l’aspect positif du plan maternelle (...) pour faire véritablement une priorité du premier cycle", mais les organisations syndicales "déplorent une mise en oeuvre hétérogène du plan selon les territoires" et pour la plupart "regrettent une orientation concrète du plan trop centrée sur les fondamentaux (mathématiques et français) et une vision de l’école maternelle sous-tendue par des objectifs de performance associée à une culture de l’évaluation qui nuit, selon eux, à l’épanouissement par le jeu et le tâtonnement, l’émancipation et la socialisation, au respect des rythmes, des progressions et des besoins d’enfants jeunes".
Le rapport "Mise en œuvre du plan maternelle dans les académies" ici

