Des consultations gratuites en santé mentale pour tous les élèves, une recommandation de la médiatrice de l'Education nationale
Paru dans Scolaire, Périscolaire le jeudi 09 juillet 2026.
"L'institution scolaire, par son fonctionnement propre, peut provoquer ou amplifier des troubles psychiques, entretenir un sentiment d'isolement ou d'insécurité, et ainsi favoriser les ruptures de parcours." Ce constat, sévère, figure dans le rapport 2025 de la médiatrice de l'Education nationale et de l'enseignement supérieur, présenté hier à la presse. Catherine Becchetti-Bizot se défend de donner une image trop sombre d'une institution qui, dans l'ensemble fonctionne bien, c'est même, dit-elle, "un miracle quotidien", elle souligne que, par définition, elle ne reçoit que des alertes sur ce qui dysfonctionne. Mais le nombre des saisines, plus de 28 000 l'année dernière a augmenté de 60 % en 6 ans, ce qui, même si le dispositif est de mieux en mieux connu et génère donc davantage d'appels, semble bien être l'effet d'une "montée des violences", du harcèlement, de la souffrance des personnels...
Elle en donne un exemple significatif. La "RH" de proximité s'est déployée, un enseignant a pu élaborer dans ce cadre un projet d'évolution personnelle, réaliste et correspondant à ses aspirations. Mais le rectorat lui refuse le détachement envisagé, faute de moyens de remplacement. D'où un sentiment d'injustice, de se heurter à une administration incohérente et "inhumaine".
Autre exemple, un candidat handicapé dispose d'un ordinateur et d'une imprimante le jour de l'examen, le correcteur, sans-doute peu au fait des mesures de compensation et soupçonnant une tricherie, lui met une note très basse, "totalement incohérente" avec le niveau habituel de l'élève, et refuse de la revoir. Le cas n'est pas unique et plus d'un élève en situation de handicap renonce aux dispositifs de compensation pour éviter les suspicions.
Pour ce qui est de l'agressivité dont la médiatrice souligne la progression, y compris dans les courriers qui sont adressés à la centaine de médiateurs académiques, Catherine Becchetti-Bizot donne trois chiffres particulièrement révélateurs, un millier de saisines environ, quelque 700 dénoncent des violences entre pairs, du harcèlement souvent, 300 des violences commises par des adultes, dont une trentaine (3 % de l'ensemble) de nature sexiste ou sexuelle. Elle ajoute que les phénomènes de violence sont sans-doute sous estimés, les élèves et leurs parents ayant parfois peur des représailles...
Autre point noir particulièrement mis en valeur, le stress généré par Parcoursup. La plateforme par elle-même génère de l'angoisse quand, par exemple, de très bons élèves dans leur classe se retrouvent en concurrence avec des milliers d'autres élèves, également très bons dans leurs classes. Mais ce sont surtout les évaluations en amont qui sont sources d'un stress permanent, pouvant prendre des formes extrêmes. Les problèmes de santé mentale sont-ils d'origine intra ou extrascolaire ? C'est à l'école qu'ils se révèlent et la médiatrice recommande de "généraliser à l'ensemble d'une classe d'âge une consultation gratuite en santé mentale", ou, à défaut, de créer dans chaque établissement ou à proximité "un tiers lieu" où les élèves puissent consulter des psychologues. Elle recommande aussi de "doubler le nombre d'infirmières scolaires" et de "déployer des protocoles en santé mentale dans tous les établissements".
Le site de la médiatrice ici

