Jeunes ruraux : des trajectoires scolaires surdéterminées par la géographie et la sociologie (EduVeille)
Paru dans Scolaire, Orientation le mardi 02 juin 2026.
Il faut parler des jeunesses rurales au pluriel, c'est l'un des enseignements d'un "EduVeille" qui porte sur les trajectoires scolaires de jeunes qui sont soumis aux mêmes contraintes géographiques mais qui ont perspectives très différentes. Marie Lauricella, l'autrice de cette synthèse de la littérature scientifique publiée par l'IFE-ENS, note ainsi que pour certains jeunes qui ont le plus souvent suivi une formation courte à proximité de leur lieu de résidence, la ruralité est un espace "du rien à faire, à voir et à espérer". Pour d'autres, issus des classes moyennes, elle "est un gage de bienêtre et de sécurité" tandis que d'autres encore se disent "fiers" de leur identité.
Ces jeunes ont fréquenté "des classes multiniveaux" et lorsqu'ils arrivent en sixième, obtiennent "des scores significativement meilleurs que la moyenne", mais ces performances "s’égalisent par la suite au cours de leur trajectoire dans l’enseignement secondaire". Leur adolescence est marquée par les trajets en bus scolaire, "un haut lieu de sociabilité et d’intégration au groupe de jeunes" avec leurs codes et leurs hiérarchies". C'est est également au collège "qu’apparaissent les signaux d’un réel désamour et d’une distanciation de l’école" : "Le collège opère un premier travail de division entre les élèves qui sont amené·es à intégrer l’enseignement général puis supérieur et celles et ceux qui s’orienteront vers des formations plus courtes et professionnalisantes." Et la surreprésentation des élèves ruraux·ales dans les formations courtes est très nette, 61 % "contre 39 % pour les lycéen·nes urbains.
C'est que "l’offre de formation locale structure la demande" et qu'elle s'explique parfois, comme en Picardie, par la perception que les élus ont d'une partie des élèves, jugés inadaptés à l’enseignement secondaire : "Ainsi, jusqu’aux années 1990, la région picarde a privilégié l’ouverture de nouveaux lycées professionnels" et "l’implantation des formations courtes et professionnalisantes a mécaniquement entrainé une moindre poursuite d’études des jeunes picard·es". Mais le phénomène n'est pas le fait d'une seule région.
"En France, le taux de diplômé·es de l’enseignement supérieur décroit à mesure que l’on s’éloigne des grandes villes". Le programme Université 2000 a certes permis l’implantation de 150 sites délocalisés mais "les enseignements qui y sont dispensés se limitent essentiellement au premier cycle (IUT, licence) et au master métiers de l’enseignement", ett les poursuites d’études en second cycle sont beaucoup moins fréquentes que pour les jeunes urbains, à résultats comparables.
C'est que poursuivre des études supérieures dans une grande agglomération coûte cher, financièrement mais a aussi un coût important d’ordre symbolique et psychologique. "Celui qui part romprait en quelque sorte avec la communauté et l’entrelacs de liens de réciprocité fondés sur l’appartenance locale (...). Le départ des jeunes femmes est particulièrement 'coûteux' en raison de leur participation importante à l’économie domestique". L'autrice note encore que sa synthèse ne porte que sur les territoires ruraux métropolitains, mais que, outre-mer, l"’éloignement géographique, les contraintes économiques et les héritages historiques particuliers renforcent les effets des inégalités territoriales éducatives".
"Jeunesse rurales : des trajectoires scolaires sous influences territoriales", Marie Lauricella, EduVeille, IFE-ENS, ici

