La récréation : un temps et un espace revisités à l'aune des enjeux éducatifs de la société (EduBref, IFE-ENS)
Paru dans Petite enfance, Scolaire le lundi 01 juin 2026.
La récréation est "un moment d'apprentissage informel fondamental", les enfants y expérimentent "la réciprocité au sens de Mauss : donner, recevoir, rendre", ils y apprennent "à se faire une place dans un groupe, à nouer des amitiés, à gérer rivalités et conflits, à négocier des règles communes", ils et elles y "héritent aussi d'un ensemble de jeux — marelle, élastique, billes, jeux d'attrape — qu'ils et elles transmettent aux plus jeunes, avec leurs variantes et leurs modifications improvisées", explique Peggy Neville dans un "EduBref" de l'IFE-ENS (Institut français de l'éducation).
Si la nécessité de faire des pauses entre les temps d'apprentissage est manifeste dès le XVème siècle, c'est "sous le ministère Duruy (1863-1869)" que la récréation "est généralisée" en même temps que les écoles primaires, "comme l'envers de la classe : un moment de décompression, de bruit et de mouvement après le silence et l'immobilité de la classe".
La cour est "structurée par des règles informelles d'appartenance aux groupes" et quand la mixité s'impose, "les garçons occupent le centre de la cour, les filles sa périphérie (...). Les élèves moins engagé·es dans les activités physiques valorisées ou perçu·es comme 'non conformes' peuvent également être relégué·es vers des espaces moins visibles."
Depuis les années 2000, les pratiques à risque (jeux de non-oxygénation, jeux d'agression entre pairs, et jeux de défi) sont des sujets de préoccupation, les interdictions se multiplient "dans une logique de prévention" qui va jusqu'aux jeux de ballon : mais "les élèves ne renoncent pas à jouer" et développent "des pratiques parfois plus risquées que celles qu'elles remplacent".
On assiste aussi, depuis quelques années, à des réaménagements des cours de récréation "visant à rompre avec la centralité du terrain de football et à proposer une diversité d'usages accessible à tous·tes (...). La végétalisation des cours s’impose aujourd’hui à la croisée d’enjeux écologiques et éducatifs : qualité de l’air, biodiversité, lutte contre les îlots de chaleur, mais aussi concentration, réduction du stress et soutien au jeu libre (...). La récréation n’est alors plus seulement pensée comme une pause, mais comme un espace de développement dont la qualité conditionne ce que les élèves peuvent y vivre et y apprendre."
L'EduBref "La récréation à l'école primaire, ce qui se joue dans la cour" (Peggy Neville, mai 2026, IFE-ENS, Veille & analyses), ici

