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Ce que l'Ecole républlicaine doit aux francs-maçons (ouvrage)

Paru dans Scolaire le mercredi 27 mai 2026.

Les loges maçonniques ont "activement aidé à penser l'instruction gratuite, laïque et obligatoire", mais l'Ecole républicaine, telle que Jules Ferry et d'autres l'ont fondée, n'est pas pour autant le fruit d'un projet porté par le Grand Orient, tant les débats ont été vifs au sein des loges et des "convents" ; les questions qui se sont posées alors sont encore celles qui structurent les débats actuels. C'est ainsi que pourrait être résumé l'ouvrage que publie Jean-Paul Delahaye, ancien instituteur, ancien DGESCO et inspecteur général honoraire.

L'ouvrage est d'un historien, très précis et documenté, qui a puisé aux meilleures sources maçonniques pour restituer dans le détail les prises de position des divers acteurs, dont beaucoup sont d'ailleurs été initiés très tard et avaient déjà une idée assez précise de ce qu'ils voulaient pour l'Ecole, indépendamment de toute influence maçonnique.

Dans les années 1860, donc encore sous le second empire, "pour les francs-maçons, l'instruction se justifie par la nécessité de diffuser l'influence bienfaisante du progrès le plus largement possible pour en finir avec les révolutions. Si l'objectif sst bien d'instruire le peuple , il s'agit aussi, et peut-être surtout, de le rendre inoffensif grâce à l'instruction".

L'instruction religieuse et la définition de la laïcité font également questions. En 1873, un proche de Jules Simon écrit : "L'enseignement laïque, c'est l'Etat enseignant. Ce n'est point dire que l'idée de Dieu doive être écartée de cet enseignement, car il n'y a pas d'enseignement sans des leçons de morale et il n'y a pas de morale sans (...) la reconnaissance d'un principe immatériel supérieur." Mais d'autres ont pour projet de promouvoir une morale indépendante de la religion et passent "de l'idée de laïcité tolérante à l'idée d'un laïcisme de combat contre la religion". Un peu plus tard, Jean Macé promeut "un enseignement effectivement laïque, mais sans s'opposer au clergé", et des écoles "ouvertes à tous les cultes".

Autre débat, s'il est "indispensable que tous les hommes sachent lire et écrire et connaissent un peu de grammaire et d'arithmétique", enseigner davantage serait de la folie, estiment certains tandis que d'autres voient l'école primaire comme "une propédeutique", qui met en place un "fonds commun d'instruction pour tous avant des spécialisations d'égale dignité".

Et faut-il un monopole de l'Etat, ou favoriser "des écoles libres laïques" dont le développement sera assez rapidement stoppé. "Il n'existe presque plus d'écoles 'libres et laïques' maçonniques au moment où les lois scolaires sont débattues au Parlement. La réalisation du programme républicain a rendu inutiles ces créations."

Ce n'est ici qu'un rapide aperçu des questions qui agitent les loges, mais aussi l'ensemble de la société française alors que la République s'impose progressivement.

"Au commencement de l'école républicaine, Jules Ferry et les francs-maçons", Jean-Paul Delahaye, éditions du Bord de l'eau, 312 pages, 18€

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