Cités éducatives : l'Education nationale s'en désintéresse-t-elle ?
Paru dans Scolaire le jeudi 21 mai 2026.
La DGESCO (direction de l'enseignement scolaire), très investie à l'origine, ne consacre qu'un emploi au pilotage des cités éducatives, laissant le champ à l'ANCT (l(Agence nationale de la cohésion des territoires placée sous la tutelle des ministres chargés de l'aménagement du territoire et de la ville). L'OZP (Observatoire de l'Education prioritaire) organisait hier 20 mai un temps de réflexion sur ces cités avec Cintia Interramendi (Paris 8). Celle-ci a enrichi le rapport de la Cour des comptes (ici) de ses propres observations sur le terrain en Seine-Saint-Denis et pointe de nombreux dysfonctionnements structurels.
C'est d'abord un changement de philosophie. Alors qu'étaient à l'origine ciblés les territoires les plus en difficulté, 80 en 2020, c'est à présent "la qualité des projets" qui compte et le nombre des cités éducatives est passé à 248, sans qu'il y ait nécessairement un lien avec l'éducation prioritaire. Quant aux financements, ils varient de 18 à 373€ par élève et par an. Ce sont surtout les préfectures qui ont aujourd'hui la main sur les cités éducatives, notamment sur l'évaluation des résultats.
La chercheuse pointe surtout l'annualisation budgétaire. Alors que l'Education nationale fonctionne par année scolaire, les financements dépendent de l'année civile et les fonds arrivent au mieux aux mois d'avril-mai, il faut alors rapidement leur trouver une affectation, d'où des appels à projets et à manifestation d'intérêt lancés précipitamment et auxquels répondent des associations sans qu'il y ait nécessairement une cohérence des actions, notamment si l'IEN se refuse à participer à leur sélection et que les enseignants découvrent au dernier moment que des intervenants sont à la porte de leur classe. Certaines actions sont intéressantes, lorsqu'elles visent par exemple à la mise en valeur de la langue maternelle, ou qu'elles ont une perspective artistique, culturelle, sportive. Mais que penser de cette visite de la reproduction d'une cellule de prison, pour faire savoir aux jeunes ce qui les attend éventuellement ? ou de ces séances de yoga, de maîtrise de la respiration, de sophrologie ou de gestion mentale, qui prennent sur le temps d'enseignement et dont l'efficacité en termes d'apprentissage n'est en rien garantie, même si des enseignants débordés peuvent se dire très satisfaits de ces interventions ? En Seine-Saint-Denis, un tiers des projets portent sur le renforcement de la confiance en soi, comme si c'était un pré-requis des apprentissages, comme si les élèves étaient responsables, pour des raisons qui tiennent à leurs personnalités, de leurs échecs.
Alors que les cités éducatives avaient pour objectif de créer les conditions d'une "alliance éducative" de tous les acteurs d'un territoire, elles apparaissent comme une injonction faite aux collèges et aux écoles d'ouvrir leurs portes à la Ville et à des associations qui sauraient rendre "plus concrets" les apprentissages. Elles apparaissent surtout comme un moyen de pallier les manques des dispositifs de droit commun et elles ont notamment pour effet de "complexifier le paysage éducatif local".
Le powerpoint ici

