"Le CLEPT doit évoluer, il ne disparaît pas" (recteur de Grenoble)
Paru dans Scolaire, Orientation le lundi 18 mai 2026.
ToutEduc s'est fait l'écho de l'alarme lancée par les amis du CLEPT qui annonçaient la disparition à venir de ce "Collège - lycée élitaire pour tous" (ici). Le recteur dément avoir signé son "arrêt de mort", mais il estime qu'il "doit évoluer, c'est la vie normale des institutions".
ToutEduc : Les amis du CLEPT ont compris que vous vouliez la fin d'un dispositif que vous considéreriez comme "illégal". Rappelons que cet établissement a été créé en 2000 pour accueillir des jeunes ayant quitté le système scolaire sans diplôme et désireux de reprendre une scolarité.
Philippe Dulbecco : Je n'ai jamais dit et personne n'a jamais dit que ce dispositif dérogatoire était illégal, j'assume totalement de maintenir un statut dérogatoire pour le CLEPT. Les amis du CLEPT m'ont fait part de difficultés, m'ont fait savoir que les choses n'allaient pas bien, qu'il s'agisse de leurs relations avec le lycée de rattachement ou des moyens d'action culturelle, sans que nous ayons pu nous rencontrer directement. J'ai d'autre part reçu, de la part de personnels du CLEPT, des messages pour m'alerter, "il n'y a rien qui va", pour me faire part de leur mal-être...
Je me suis plongé dans le dossier qui est d'une grande complexité et pour mieux comprendre la nature des problèmes accumulés depuis plus de vingt ans, j'ai demandé une enquête administrative. Une mission d'inspection générale a été diligentée, elle a passé deux mois sur place pour tout regarder et auditionner une centaine de personnes, le rapport est remarquable, il a été présenté au Conseil d'administration du lycée Mounier (le lycée de rattachement, ndlr) élargi aux représentants du CLEPT, puis, sous forme de "questions-réponses", à l'équipe pédagogique. On ne peut pas être plus clair.
ToutEduc : D'où vient alors ce mot "illégal" ?
Philippe Dulbecco : Ce n'est pas le dispositif qui est illégal, mais il y a eu, de la part d'agents, des comportements qui sortent de la réglementation voire peut-être de la légalité et qui ont donné lieu à un "article 40".
ToutEduc : Que va-t-il se passer maintenant ?
Philippe Dulbecco : On ne ferme pas le CLEPT. En ce qui concerne les élèves, ils pourront y poursuivre leur scolarité, sur un ou deux ans. J'ai par ailleurs nommé un chargé de mission non pas pour qu'il me fasse ses propres propositions sur l'avenir du dispositif, mais pour qu'il organise la réflexion, sur les deux ou trois mois qui viennent, sur son évolution dans le cadre du projet académique 2026 - 2030.
ToutEduc : Quel lien faites-vous entre un dispositif dérogatoire, donc marginal et un projet qui concerne toute l'académie ?
Philippe Dulbecco : Nous attachons énormément d'importance au projet académique qui nous engage collectivement. Parmi les actions prioritaires figurent l'attention toute particulière que nous portons aux élèves les plus fragiles et le décloisonnement des dispositifs destinés aux décrocheurs. Ce sont des sujets auxquels je suis particulièrement sensible; c’est dans ce contexte que le CLEPT doit se situer. Se passer du retour d'expérience sur un temps long du CLEPT serait une erreur.
Propos recueillis par P. Bouchard, relus par P. Dulbecco

