Archives » Actualité

ToutEduc met à la disposition de tous les internautes certains articles récents, les tribunes, et tous les articles publiés depuis plus d'un an...

Uniforme ("tenue commune") : un symbole ne suffit pas à modifier la réalité (DEPP)

Paru dans Scolaire le mardi 12 mai 2026.

Quand ils portent l'uniforme de leur école, les élèves de CP "sont davantage enclins à se dire meilleurs élèves", mais ce n'est plus le cas de leurs camarades de CM2 pour qui ça ne change rien à leur rapport à l'école. Dans les collèges, les personnels et les parents relèvent "des effets positifs tandis que les élèves dénoncent le caractère imposé de la mesure et ses effets perçus comme restrictifs sur l’expression individuelle, ainsi que son impact négatif plus global sur leur bien-être".

La DEPP publie un "document de travail" titré "Évaluation des expérimentations du port de la tenue commune à l’École", et le résultat est sans appel : cette tenue "semble agir plus spécifiquement auprès des adultes (équipes éducatives, parents, représentants des collectivités territoriales) (...) comme un symbole visuel et institutionnel de cohésion, contribuant à revaloriser l’image de l’école publique" mais les élèves "la perçoivent comme une contrainte ou un instrument de communication institutionnelle plutôt qu’un vecteur d’appartenance."

Et pourtant, les biais sont nombreux, dans le sens d'un effet positif de cette "tenue commune" (pour éviter le mot "uniforme", ndlr), à commencer par le faible nombre des écoles et établissements concernés, une centaine (20 écoles maternelles, 44 écoles élémentaires, 33 écoles primaires, 14 collèges et 8 lycées) qui n'ont pas tous répondu au questionnaire. Ces établissements ont trois autres caractéristiques qui sont autant de biais, ils moins mixtes socialement, leurs élèves présentent plus de difficultés scolaires que la moyenne, ils étaient volontaires, très souvent à l'instigation d'élus. 

Le seul élément noté positivement par les directeurs d'école est l'amélioration du sentiment d'appartenance, que notent les trois quarts d'entre eux, mais ils sont moins de la moitié à estimer que la cohésion entre les élèves s'est améliorée moins d'un sur cinq à évoquer une diminution du harcèlement entre élèves, et près d'un sur dix à noter une détérioration des relations avec les familles !

Dans le second degré, où les équipes de direction étaient très volontaires, sur les 16 répondant, un ou deux notent une détérioration en ce qui concerne les situations de harcèlement, la confiance en soi des élèves et leurs relations avec les enseignants ou leur assiduité. 

L’expérimentation s’est pourtant "implantée dans des écoles et établissements scolaires présentant des conditions de départ globalement favorables : directions expérimentées, équipes pédagogiques soudées, climat scolaire apaisé et relations de confiance avec les familles" mais la "lourdeur logistique" du dispositif n'avait pas été anticipée : commande, distribution, ajustements, réassorts, erreurs de taille, retards de livraison, évolution rapide de la morphologie des enfants, pertes, vêtements abîmés... La gestion des stocks a parfois "transformé les agents en magasiniers improvisés, chargés de manipuler, trier, vérifier et redistribuer des centaines de vêtements".

Les élèves, "habitués à se plier à des règles de fonctionnement communes" ont majoritairement "intégré la tenue comme un élément supplémentaire du cadre scolaire" mais plus de la moitié des écoliers interrogés disent ne pas aimer la porter. "Près de la moitié des écoliers associe l’introduction de la tenue commune à une diminution des moqueries liées aux vêtements", mais un élève commente : "personnellement, je n’ai jamais entendu de harcèlement sur les habits. Si quelqu’un veut se moquer d’une personne, ce n’est pas sur ses vêtements mais sur sa personnalité."

"Quant à un éventuel effet de lissage des différences sociales (...), ce rapprochement visuel entre élèves ne permet pas de transformer réellement les dynamiques sociales, qui reposent sur d’autres logiques que la différenciation vestimentaire", estiment la plupart des adultes, même si les personnels d'éducation et les enseignants constatent qu'ils ont "beaucoup moins de travail à faire sur les crop tops, les décolletés, etc."

La tenue est portée à l'extérieur du collège, et un enseignant le voit positivement : "les adultes savent que c’est le collège X. Les passants aiment bien. On ne peut pas perdre l’adolescent", mais un élève a un tout autre point de vue : "On sait où je vais, d’où je viens, je me suis déjà fait suivre par des inconnus parce qu’on sait où je suis, ça me met particulièrement en danger."

Les équipes éducatives, les parents et les collectivités "lui attribuent souvent une forte portée symbolique pouvant générer un effet performatif : elle exprime l’unité, l’ordre et la fierté collective, et contribue à revaloriser l’image de l’école publique", collégiens et écoliers la perçoivent d'ailleurs comme "un instrument de communication institutionnelle" qui "tend à rendre visible une cohésion préexistante plutôt qu’à la créer".

Le document ici

« Retour


MONTAIGNE AUJOURD'HUI

Une nouvelle traduction des Essais,
au plus près d'une intelligence en mouvement.

* Détail de la statue de Montaigne
par Paul Landowski (Paris 5ème)

S'abonner à ToutEduc

Abonnez-vous pour accéder à toute l'information des professionnels de l'éducation et recevoir : La Lettre ToutEduc

Abonnement Gratuit →

* Sans engagement par la suite.