Enseignement scientifique et désinformation, les repères de l'Ecole se brouillent (Revue)
Paru dans Scolaire le jeudi 07 mai 2026.
La délégitimation de savoirs scolaires, la théorie de l'évolution par exemple, est un des aspects de ce "rapport éclaté à la vérité factuelle" qui met à l’épreuve les sociétés démocratiques, constate dans l'éditorial de son dernier numéro la REE (la revue Recherches en éducation) ; les diverses contributions analysent les conceptions des élèves "par rapport à (la) concurrence des discours" et la perception des enseignant.e.s "à l’égard des croyances complotistes de leurs élèves". La dernière de ces contributions, due à des auteurs québécois* n'apporte pas de solution aux difficultés que posent des controverses qui ne sont plus le fait de quelques groupes marginaux, mais qui "percolent au sein de divers segments de la population et du grand public", elle a néanmoins le mérite de caractériser ces difficultés.
Les auteurs distinguent les "controverses froides" qui restent au sein de la communauté scientifique et les "controverses chaudes” qui "déchaînent les passions", mais ils (elles) montrent qu'il faut plutôt penser "un continuum allant d’une vision selon laquelle les sciences et les religions sont compatibles à une vision qui les considère totalement incompatibles et irréconciliables, en passant par des visions qui prônent leur complémentarité ou leur indépendance (...). Certains contenus scientifiques sont particulièrement contestés par les apprenants qui adhèrent à une vision religieuse, et cela indépendamment de la religion considérée (christianisme, islam ou judaïsme). C’est le cas de l’évolution biologique ou de l’origine et de l’histoire de la Terre et de l’Univers."
"La plupart des enseignants disent aborder dans leur enseignement, quelques fois par année, des problématiques socioscientifiques (...) qui engagent les élèves dans l’argumentation", mais "ils disent tous qu’ils ne prévoient pas d’activités ou de tâches visant explicitement le développement de la compétence argumentative chez les élèves". Or les oppositions peuvent être radicales. Certains élèves, ainsi que les parents concernés, "vont jusqu’à accepter une note de zéro pour les évaluations" qui portent sur l'éducation à la sexualité.
"Les enseignants (...) soulignent que d’une part, ils tiennent à enseigner les contenus scientifiques contestés parce qu’ils sont nécessaires à la formation des élèves et qu’ils font partie du programme ; d’autre part, ils ne veulent pas briser les liens de confiance avec les élèves concernés et leurs parents en ébranlant leurs croyances. Des enseignants soulignent également que leurs élèves vivent un conflit entre la vision scientifique qu’ils souhaitent leur transmettre et la vision du monde à laquelle ils adhèrent dans le contexte familial." Mais les contestations "sont gérées de manière administrative (...) et non didactique. Par exemple, ces contestations ne sont pas saisies comme opportunité pour amener les élèves à comprendre les relations entre la vision scientifique et les autres visions du monde, à les introduire à une réflexion épistémologique."
Autre obstacle auquel se heurtent les enseignants, le "manque d’intérêt des élèves" pour certaines problématiques proposées par les enseignants, par exemple les questions liées à l'environnement. Ils se heurtent aussi à la lourdeur des programmes qui "ne leur laissent pas beaucoup de temps pour aborder des problématiques qui véhiculent des enjeux socioscientifiques" et qui supposent l'organisation de débats argumentés. Autre difficulté, ils ne se sentent pas compétents pour leur apprendre à argumenter alors qu'ils/elles ne maîtrisent pas "la multidimensionnalité des problématiques socioscientifiques, puisque celles-ci mobilisent non seulement des contenus scientifiques (leur champ d’expertise), mais également d’autres savoirs éthiques, économiques, sociaux, etc.)." Le Québec est en outre confronté à la nécessité de prendre en compte les savoirs et les perspectives des peuples autochtones.
La revue ici
*Abdelkrim Hasni, Younes Yazza, Sarah Dadi et Nancy Dumais

