Les stages d'observation en entreprise mis en cause après le décès d'un jeune de 15 ans
Paru dans Scolaire, Orientation le jeudi 23 avril 2026.
Un garçon de 15 ans est décédé vendredi dernier, 17 avril, lors d'un stage d'observation en entreprise. Cet accident a provoqué une vive émotion et la ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels et de l’Apprentissage a réagi en annonçant sur RTL et France Info que les élèves de 3ème et de 2de GT pourraient choisir entre se rendre en entreprise "ou rester dans leur établissement où des groupes d'une dizaine d'élèves se rendront chaque jour dans une entreprise différente pour découvrir le monde du travail". ToutEduc a demandé à Pascal Vivier, secrétaire général du SNETAA (le syndicat FO des lycées professionnels) de commenter la situation.
ToutEduc : Que savez-vous de ce qui est arrivé à cet élève ?
Pascal Vivier : Peu de choses. Il s'agit d'un établissement privé, le lycée professionnel et CFA Sainte-Marie à Bagnols-sur-Cèze (Gard) et c'est l'omerta. On en saurait bien davantage s'il s'agissait d'un établissement public. Il semble qu'il s'agisse d'un jeune de 15 ans en situation de décrochage qui était en stage dans le cadre d'une pré-orientation et qu'il conduisait un chariot élévateur. Moins de 16 ans, il n'avait absolument pas le droit de travailler et certainement pas d'utiliser une machine ou de se trouver dans une situation risquée.
ToutEduc : Mais pourquoi ce flou sur les circonstances de cet accident ?
Pascal Vivier : Une enquête judiciaire est en cours. Le chef d'établissement peut être inquiété, s'il apparaît qu'il n'a pas été attentif aux termes de la convention de stage, mais ça peut remonter plus haut, jusqu'au ministre, du moins celui ou celle qui a mis en place ces stages d'observation. Il y a déjà eu deux autres décès de jeunes, et des alertes au CHSCT ministériel depuis trois ans qu'ils ont été mis en place. Les élèves de nos lycées, lorsqu'ils sont en PFMP (périodes de formation en milieu professionnels), évoluent dans un cadre très précisément défini par une convention dont le respect est contrôlé par des enseignants qui connaissent les conditions d'exercice des activités professionnelles. Vous ne pouvez pas demander à un professeur de français en collège ou à un professeur de maths en lycée de rédiger une convention de stage, d'aller voir comment ça se passe, d'autant qu'au même moment, il corrige les copies du baccalauréat, ou même d'élaborer une grille d'observation d'un milieu qu'il ne connaît pas pour donner un contenu à l'observation, dont les élèves rendraient compte on ne sait d'ailleurs quand, puisque leur stage finit avec l'année scolaire.
ToutEduc : Que pensez-vous des annonces de Sabrina Roubache ?
Pascal Vivier : Elles sentent l'improvisation. Elle vient d'arriver dans un domaine qu'elle ne connaît pas, elle est en train de changer de directeur de cabinet, elle réagit à chaud, c'est un peu la panique dans les ministères, dans deux mois, les élèves de 3ème et de 2de GT partent en stage, et on s'aperçoit, à l'occasion du décès de ce garçon dans un contexte un peu différent, que ces temps en entreprise ont été conçus à la va vite, à la demande de l'Elysée au début du second quinquennat d'E. Macron, pour occuper des jeunes désoeuvrés en fin d'année scolaire, donc mobilisables dans des mouvements lycéens.
ToutEduc : Que devrait faire le politique ?
Pascal Vivier : L'urgence est d'adresser à tous les chefs d'établissement une circulaire leur donnant des instructions claires sur les conventions de stage, l'information des chefs d'entreprise qui accueillent leurs élèves, les responsabilités de chacun. L'urgence est aussi de réfléchir aux conditions dans lesquelles les jeunes peuvent découvrir divers métiers pour préparer leur orientation... Les politiques ne peuvent pas se contenter d'attendre l'élection présidentielle de 2027 en faisant le moins de vagues possible. La politique de l'édredon, ça ne marche pas.

