Voulez-vous des individus autonomes ? La "biennale de l'éducation" interroge les nouveaux rapports sociaux
Paru dans Scolaire, Périscolaire, Orientation le mercredi 22 avril 2026.
"Je veux que tu m'écoutes avec les yeux !" Une petite fille s'adresse ainsi à son père qui prétend l'écouter, mais qui garde les yeux rivés sur son smartphone, et cette anecdote résume à elle seule l'intervention de David Le Breton en ouverture de "la Biennale de l'éducation, de la formation et des pratiques professionnelles" ce 22 avril au CNAM.
L'anthropologue et sociologue décrit une société minée par les smartphones, quand la conversation, qui suppose la présence de l'autre, a été remplacée par la communication qui "n'a pas de visage", quand "l'hyper individu contemporain ne perçoit son environnement que de manière facultative", a moins d'amis, n'éprouve plus d'empathie, ne sait plus ce que c'est que flâner, quand la séduction plutôt que la violence permet à un pouvoir tyrannique de s'installer.
L'écrivain continue de dépeindre le désastre actuel en parlant d'enfants qui "souffrent de l'absence radicale d'écoute de la part de leurs parents qui se sont détachés de leur responsabilité" en les confiant à la garde des dessins animés sur leurs smartphones, des enfants dont le langage est "calqué" sur celui des personnages, qui "sont dévorés par ce qu'ils voient", "ne savent plus jouer" et piquent en classe de violentes colères quand ils ne sont pas prostrés. Mais, à l'issue de ce tableau apocalyptique, le chercheur reconnaît qu'il ne sait pas "quoi proposer d'autre".
La biennale, qui dure trois jours, réunit peu ou prou un millier de chercheur.es, professionnel.les et décideur.es", accueille des délégations de 36 pays, et se définit comme "un lieu de rencontre entre les cultures en éducation et un pont entre monde de l’éducation et monde du travail". Le thème de cette année, "faire expériences" pose la question des effets de l'activité sur le sujet (ou, avec D. Le Breton, de la non-activité). Ses organisateurs défendent un dialogue entre chercheurs, enseignants et formateurs, contre une science dont les professionnels n'auraient qu'à appliquer les prescriptions.
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