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L'enseignement de l'Histoire menacé par l'illibéralisme (Forum européen)

Paru dans Scolaire, Périscolaire, Culture le lundi 20 avril 2026.

"L’enseignement de l’histoire, s’il ne garantit pas à lui seul le développement démocratique, joue un rôle essentiel en ancrant les élèves dans la vérité historique, non pas une vérité absolue, mais issue d’une méthodologie rigoureuse, vérifiée de manière interdisciplinaire et validée par un consensus d’expert·es. Plus que toute autre discipline, l’histoire prépare les
apprenant·es à reconnaître et à combattre la désinformation" 

C'est ce qui ressort du "quatrième Forum annuel sur l’enseignement de l’histoire" organisé à  Budapest l'année dernière par le Conseil de l'Europe (sans que cela l'engage). 

La rapporteure, Susanne Popp (U. d'Augsbourg) constate que "la logique des réseaux sociaux favorise des représentations du passé qui échappent au contrôle et à la vérification des faits, exposant celles et ceux qui les utilisent à des simplifications populistes, à des demi-vérités, à de la désinformation, voire à des mythes et à des discours conspirationnistes". 

Elle constate aussi qu'avant 1989, "l’enseignement de l’histoire n’était pas une préoccupation majeure pour l’Union européenne", quand "la plupart des gens avaient encore une conscience vive de ce que représentait la vie sous une dictature, prompte à déformer de manière systématique la vérité, notamment la vérité historique". Mais on assiste actuellement à un "tournant illibéral" dans l’enseignement de l’histoire, "c’est-à-dire une évolution vers des approches plus autoritaires de l’enseignement du passé" et "les adversaires de la démocratie s’en servent de manière sournoise. Ils profitent du fait que les jeunes peinent à se représenter ce que vivre sous un régime dictatorial signifie réellement."

Se pose d'ailleurs la question du quoi enseigner, et donc celle des "cadres d’interprétation" : On peut postuler "que l’histoire suit une trajectoire prédéfinie menant inévitablement à la démocratie et à la prospérité" ou dépeindre au contraire "un combat sans fin entre une nation pure et ses ennemis extérieurs et intérieurs", "deux façons d’appréhender l’histoire (qui) empêchent une approche critique du passé", alors que l’enseignement de l’histoire devrait "donner aux élèves les moyens de comprendre que l’histoire est contingente, façonnée par des choix humains".

Mais "la multitude de points de vue peut dérouter les élèves" qui "peinent à comprendre, à s’approprier et à analyser de manière critique ces différentes perspectives" au point que "l’enseignement de l’histoire à l’ère numérique dépasse souvent les capacités individuelles des enseignant·es", d'autant que, "sans un leadership fort et des politiques claires, les enseignant·es risquent l’isolement lorsqu’elles ou ils abordent des contenus controversés ou sensibles". 

Pour l'éviter, ils doivent pouvoir s'appuyer sur les ressources pédagogiques des musées, même si ceux-ci "peinent souvent à adapter leurs programmes aux réalités scolaires", et sur les archives, mais là aussi, les enseignant.e.s "ont besoin d’accompagnement (...) pour pouvoir travailler efficacement" et les archivistes, comme les conservateurs ont besoin d'échanges "plus approfondis" avec le personnel enseignant pour mieux comprendre ses besoins. 

Autre point d'appui pour l'enseignement de l'histoire, les manuels  qui constituent "des guides fiables et pédagogiquement solides", surtout lorsque sont abordés "des sujets sensibles et controversés". Quant à l’IA, elle "peut jouer le rôle d’assistant, de partenaire créatif, de facilitateur d’inclusion, voire de compagnon d’apprentissage personnalisé, mais elle pose aussi des défis fondamentaux pour l’authenticité, la créativité, la responsabilité, ainsi que la nature même de l’apprentissage de l’histoire". 

Et pour les intervenant au forum, "il est urgent que le Conseil de l’Europe (...) élabore des politiques et des lignes directrices" pour "préserver un espace dédié à l’enseignement traditionnel en présentiel, à travers les discussions, les lectures, les projets collaboratifs et les échanges critiques" et "maintenir les interactions directes avec les institutions du patrimoine historique, telles que les musées, les archives ou les monuments". 

Le rapport ici

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