Comment penser une école qui doit à la fois individualiser et acculturer aux normes sociales ? (ouvrage)
Paru dans Petite enfance, Scolaire, Culture le lundi 06 avril 2026.
L'Ecole devrait à la fois "garder la place de l'enfant au centre des apprentissages, viser son épanouissement, tout en répondant aux injonctions d'individualisation, de différenciation et d'autonomisation des élèves, mais aussi (répondre) aux objectifs d'efficacité des apprentissages et de réussite scolaire". C'est à ces injonctions contradictoires que sont confrontées les écoles Montessori, estime Rachel Gasparini, mais cela vaut pour l'ensemble du système scolaire tel qu'il est décrit dans un ouvrage collectif, "Penser l'enfant comme individu", sous la direction de Ghislain Leroy.
Celui-ci pose d'abord la question à l'aune des questions théoriques que pose à la sociologie la notion d'individu, surtout s'agissant des enfants. Pour la "sociologie de la socialisation", il n'y a pas qu'une enfance, mais des enfances et les enfants sont "plus ou moins enclins à s'individualiser". L'ouvrage met en avant des travaux pour qui "le sujet n'est pas que le croisement d'influences sociales diverses", même si "l'éducation consiste à acculturer l'enfant aux normes sociales qui permettent de prospérer dans une société à une époque donnée".
Et le système scolaire passe d'un modèle à un autre. "À partir des années 1945-1950", à l'école maternelle, le dessin est "de plus en plus pensé (...) comme propice à l'expression de soi", mais à partir des années 1980, "les exigences scolarisantes se renforcent" à tous les niveaux. "Si l'enfant doit être épanoui, expressif, singulier, autonome, il doit aussi aimer l'école, prendre de bonnes habitudes scolaires, se motiver... Il doit gagner sur les deux tableaux", comme l'écrit François Dubet qui précise "qu'il est difficile de gagner sur les deux tableaux, être efficace et épanoui, être dans le monde et singulier, être un sujet de raison et d'émotion..."
"Penser l'enfant comme individu, un défi sociologique", sous la direction de G. Leroy, 280 pages, 22, €, Presses universitaires de Vincennes

