Des menaces sur le développement des E2C (écoles de la 2ème chance) malgré un bilan positif
Paru dans Scolaire, Orientation le mercredi 01 avril 2026.
Vous êtes jeune, marseillais, très éloigné de l'emploi, sans diplôme, pourquoi ne pas devenir "mécanicien aéronautique"? C'est du moins un tel parcours de formation qu'ont mené une douzaine de jeunes en 2024 avec une E2C, une école de la deuxième chance, et pour 8 d'entre eux, la sortie au bout d'une année a été "positive".
Mais le réseau des E2C craint de voir son modèle mis en cause, il l'a dit à la presse hier 31 mars en même temps qu'il a présenté un bilan positif de son action. Le fait le plus significatif est la décision l'an dernier des Pays-de-la-Loire de ne plus contribuer au financement des trois E2C de la région, ce qui les met en péril. La Région Sud réduit son financement de 10 %, l'E2C de Guadeloupe, qui doit être reconstruite, est prise dans un conflit judiciaire, et si Grand-Est, la Réunion, Nouvelle Aquitaine affichent leur soutien, le réseau s'inquiète de la détermination d'autres Régions comme l'Ile-de-France. Ailleurs, "la stabilité des financements alloués n'a pas permis de créer de nouveaux établissements" à Aix-en Provence ou Vesoul tandis que la "baisse des crédits dédiés aux missions nationales" a conduit le réseau "à réduire significativement les actions de communication" sans lesquelles les publics en difficulté ignorent qu'ils peuvent pousser la porte d'une de ces écoles...
Celles-ci ont accueilli l'année dernière près de 18 000 stagiaires (14 000 dix ans plus tôt), 19 % sont sortis avec un contrat de travail, 18 % avec un contrat d'apprentissage (ou de professionnalisation), 24 % ont enchaîné avec une formation qualifiante ou diplômante. Pour les près de 40 % qui n'ont pas connu de sortie positive, certains sont "perdus de vue", ou n'ont pas supporté un rythme assez intensif, ou ont été pris par la nécessité d'effectuer des petits boulots au noir pour "rapporter du cash" à des parents en trop grande difficulté, sans compter les jeunes filles que des "grands-frères" renvoient à la maison... Une étude longitudinale à 5 ans permettrait sans doute de requalifier bon nombre de ces sorties, le travail sur les "compétences sociales"" pouvant porter ses fruits à terme.
Le réseau fait état d'une augmentation, parmi les stagiaires des jeunes reconnus "travailleurs handicapés" (7 %), du nombre des mineurs (32 %), notamment des MNA (mineurs non accompagnés) et des jeunes adressés par l'ASE. 90 % des stagiaires n'ont aucune expérience professionnelle, 78 % aucun diplôme. Le coût moyen d'un stagiaire est de 5 851€, les financements proviennent de l'Etat et des Régions (près de 30 %, auxquels s'ajoutent, pour les Régions, l'indemnisation des stagiaires), du Fonds social européen (17 %), des entreprises et "autres financeurs", des départements et collectivités locales, de la taxe d'apprentissage...
Une jeune femme, venue de Haïti avec un bac, a été orientée par une mission locale vers une E2C dont elle ignorait tout, et elle enchaîne les stages dans des cabinets médicaux et des centres de formation, où elle a de bonnes chances de trouver un emploi.

