Enseignants comme politiques sont rarement attentifs aux activités rémunérées qu'exercent les élèves en marge de leur travail scolaire
Paru dans Scolaire, Orientation le mardi 24 mars 2026.
"Près d’un quart des élèves, et près d’un·e lycéen·ne sur trois en voie professionnelle, déclare exercer une activité rétribuée durant l’année scolaire (soir, week-end et vacances scolaires hors vacances d’été)", constate le CEREQ qui a mené l'enquête. L'étude porte sur "toute forme d’activité formelle, informelle (emploi non déclaré) et illégale (par nature, comme le trafic de stupéfiants ou la prostitution) donnant lieu à une contrepartie, monétaire ou autre", à l'exception de l'apprentissage qui est "un procédé pédagogique encadré par le système éducatif".
Il s'agit d'un "fait social massif" qui "demeure largement ignoré des recherches scientifiques et passe manifestement 'sous les radars' des politiques scolaires". En effet, "peu des professionnel·les interrogé·es disent s’être posé la question de son existence", à moins "d’une baisse des résultats, d’une fatigue récurrente ou de comportements absentéistes" d'un élève, ou parce que celui-ci se présente dans l'établissement "dans sa tenue de livreur", ou qu'il évoque son salaire à l’occasion d’un cours d’économie, à moins qu'un camarade évoque sa situation pour expliquer ses résultats scolaires. Mais en règle générale, les élèves considèrent qu' "exercer une activité rétribuée en marge du lycée ne regarde pas celui-ci."
Le "bref" du CEREQ ne liste pas ces divers travaux mais évoque la diversité des situations. "La quasi-disparition du redoublement a mécaniquement fait baisser la moyenne d’âge au lycée et croître la proportion d’élèves mineures" tandis que "l’abaissement de l’âge du permis de conduire à 17 ans incite à gagner de quoi financer précocement ce premier pas vers l’autonomie (...). Il faut aussi relever le paradoxe liant d’un côté l’objectif de l’insertion professionnelle comme consécration des apprentissages scolaires et, de l’autre, l’ignorance de son anticipation par les élèves." Selon les circonstances et le type de travail, l’effet sur la scolarité peut être "bénéfique pour certain·es, délétère pour d’autres".
Autre question, l'effet sur la persévérance scolaire. Un enseignant raconte : "j’avais des CAP serrurier métallier, qui est un domaine vraiment particulier, et chaque année on avait un ou deux gamins qui, à la fin du premier stage, se faisaient embaucher par le patron, et ils ne finissaient pas leur CAP. Et on n’a jamais réussi à lutter contre ça."
Les enseignants constatent aussi que "les quelques élèves qui, à leur connaissance, travaillent, le font au prix d’études supérieures moins ambitieuses que celles qu’ils et elles auraient pu envisager". A l'inverse, une enseignante de lycée de centre-ville constate que "ce ne sont pas forcément les plus mauvais qui travaillent (…). C'est souvent davantage la nécessité qui fait loi, "le contexte familial – notamment la monoparentalité – est souvent évoqué comme source du travail lycéen. Sur ce même registre de la nécessité perçue, les enfants issu·es de l’immigration sont régulièrement cité·es parmi les élèves les plus concerné·es et singulièrement les mineur·es non accompagné·es."
Et les auteur/autrices estiment qu'il faut en finir avec cette représentation du passage à l'âge adulte qui voudrait que "l'élève découvre le monde du travail au moment de sa première insertion professionnelle en sortie d’études. Pour bon nombre d’élèves, ce premier contact, souvent structurant, avec le monde du travail s’effectue pendant les études lycéennes voire, pour certain·es, commence dès le collège (...). Il revient aux politiques éducatives de "prendre en compte les conditions concrètes d’exercice du métier d’élève"
Le bref "Le travail invisible des lycéen·nes; Ces élèves qui cumulent études et activités rémunérées" ici

