Les adolescents "borderline" peuvent avoir été des enfants trop bien adaptés au système scolaire (colloque)
Paru dans Petite enfance, Scolaire, Périscolaire le dimanche 15 mars 2026.
Petite fille, au CM1, elle est une écolière modèle, elle seconde l'enseignante pour la tenue de la classe, on dit même d'elle qu'elle est une "petite maîtresse". A 14 ans, elle fait une tentative de suicide et son état nécessite une hospitalisation prolongée... Nicolas Girardon, pédopsychiatre, évoquait son cas lors d'un colloque organisé par l'AFAR* vendredi 13 mars, comme une illustration du processus qui mène de la petite enfance à des états "borderline" à l'adolescence : tentatives de suicide, refus scolaire anxieux, douleurs osseuses chroniques... Et souvent, ces jeunes disent que "même enfants, ils allaient déjà mal" sans que leur entourage s'en doute, des troubles d'autant plus difficiles à percevoir que lorsque surviennent à l'adolescence leurs premières manifestations, elles peuvent être confondues avec "les transformations émotionnelles" propres à cet âge.
Nicolas Girardon fait référence à la théorie de l'attachement. Le petit enfant a besoin de trouver auprès d'une "figure d'attachement" un espace sécurisant avant d'explorer le monde. Mais si cette figure d'attachement est imprévisible, désorganisée, l'enfant, est fragilisé, l'autre lui apparaît comme "potentiellement dangereux". A cinq-sept ans, l'enfant tente d'attirer l'attention, de contrôler un environnement qui le menace, et peut adopter des attitudes très différentes, punir l'adulte en faisant des colères ou au contraire être excessivement obéissant; il s'agit toujours de rendre l'adulte prévisible.
Et à 13 - 14 ans, l'enfant qui semblait aller bien craque, il souffrait silencieusement d'un stress chronique. Mais comment dissocier une adaptation scolaire parfaite et un vécu émotionnel auquel l'adulte n'a pas accès ? Jean Chambry, autre pédopsychiatre, souligne qu'on a "du mal à entendre" ces souffrances et qu'il est essentiel de diagnostiquer précocément les troubles de l'attachement. Mais, ajoute-t-il, à quoi sert de diagnostiquer, de "privilégier des interventions précoces" si les indications se heurtent aux files d'attente du CMPP ?
Les interventions de cette journée devraient être mises en ligne courant mai.
L'AFAR est un organisme de formation dédié aux personnels soignants ici

