Là où le privé maintient ses effectifs, quand le nombre d'enfants diminue, il augmente en proportion et recrute davantage d'élèves favorisés (IPP)
Paru dans Scolaire le mardi 03 mars 2026.
Le nombre des naissances en France a baissé de 21 % entre 2010 et 2024, baisse qui "se répercute mécaniquement sur les effectifs scolaires" mais qui n'a pas les mêmes effets dans le public et dans le privé, selon une étude de Pauline Charousse et Julien Grenet, qui reprend, pour partie une analyse qu'ils avaient conduite dans le cadre du suivi de la réforme d’Affelnet à Paris et qu'ils étendent aux 19 autres plus grandes villes.
En 2024, le secteur privé scolarisait 14 % des élèves du premier degré et 21 % des élèves du second degré essentiellement dans le "sous contrat" (93 % dans le premier degré et 98 % dans le second degré), au niveau national, la répartition des moyens entre public et privée est "plafonnée", et ces proportions sont, peu ou prou, maintenues. En revanche, la répartition des moyens entre les académies est fonction des "effectifs déjà scolarisés dans le secteur privé", ce qui favorise le privé "dans les territoires où il est historiquement bien implanté, comme en Bretagne où sa part approche 40 % dans le premier et le second degrés, mais aussi dans les grandes agglomérations urbaines. Dans les vingt plus grandes villes françaises, elle atteint à la rentrée 2024, 21 % dans le premier degré et 34 % dans le second degré."
Or le secteur est "structurellement en excès de demande", il est donc "peu exposé au recul démographique" dans une ville comme Paris où le nombre d'élèves de CP scolarisé dans le privé "n'a diminué que de 3,8 % entre 2016 et 2024, et ceux de 6e de seulement 1,4 % entre 2020 et 2024. À l’inverse, le secteur public a absorbé l’essentiel de la contraction démographique : les effectifs de CP (hors éducation prioritaire) y ont diminué de 24,4 % entre 2016 et 2024 et ceux de 6e de 14,4 %." A effectifs quasi constants, le privé scolarise donc, proportionnellement, davantage d'élèves. "En CP, sa part est passée de 23 % en 2016 à 27,5 % en 2024 (...). En 6e, elle est passée de 35,4 % en 2020 à 38,7 % en 2024." Or les établissements privés accueillent plutôt des élèves "issus de milieux favorisés" et "la part des élèves issus de PCS très favorisées inscrits dans le privé en 6e a progressé de 6 points depuis 2020, atteignant 55 % à la rentrée 2024". Si on prolonge les courbes, "en 2035, les collèges privés compteraient 88 % d’élèves issus de PCS très favorisées". À l’inverse, les collèges publics accueilleraient 58 % d'élèves issus de PCS moyennes et défavorisées.
Dans les 19 autres plus grandes villes, le nombre des naissances a diminué moins vite qu'à Paris, mais "la progression tendancielle de la ségrégation sociale entre secteurs d’enseignement a commencé avant l’amorce du recul démographique. La part des élèves de 6e issus de PCS très favorisées scolarisés dans le secteur privé y est ainsi passée de 46 % en 2002 à 60 % en 2024". L’ampleur de la progression en proportion du secteur privé est hétérogène. "À Lille, Nîmes ou Reims, par exemple, la part du privé est restée stable" ajoutent les auteurs sans expliquer pourquoi elle a augmenté à Lyon, Nantes ou Angers.
Ils estiment "nécessaire de répartir plus équitablement les fermetures entre les établissements publics et privés sous contrat. À Paris, le maintien de la part actuelle du privé en CP (27,5 %) impliquerait que, pour trois classes fermées dans le public, une classe soit fermée dans le privé. En 6e, le maintien de la part actuelle du privé (38,7 %) supposerait un ajustement plus marqué : pour trois classes fermées dans le public, deux devraient l’être dans le privé."
La note "Baisse démographique et dynamiques public-privé : vers une ségrégation scolaire accrue dans les grandes villes ?" (Notes IPP, no 124, Institut des politiques publiques, mars 2026) ici

