Les relations entre trois chercheurs en sciences cognitives et l'industrie épinglées par "secrets d'info" (France-Inter)
Paru dans Scolaire le dimanche 15 juin 2025.
Diffusée le 14 juin, l'émission "Secret d'info" (France-Inter) met en cause sérieusement trois chercheurs en sciences cognitives, Grégoire Borst, Franck Ramus et Séverine Erhel (ces deux derniers membres du CSEN, le Conseil scientifique de l'Education nationale). Notre consoeur évoque un contraste entre la timidité des mesures prises pour limiter l'emprise des écrans sur les jeunes et "un consensus scientifique net", jusqu'à l'OMS, sur leurs dangers.
Elle épingle d'abord Grégoire Borst (Sorbonne et CNRS). Selon le directeur du laboratoire LaPsyDé, "les écrans ne sont pas mauvais 'par nature' car ils peuvent servir d’outils d’apprentissage". Notre consoeur cite à l'appui de ce résumé de sa position une déclaration de 2020 sur un plateau de France 5 ; il y affirmait avoir “montré” dans son laboratoire que “les enfants qui jouent aux jeux vidéo d’action augmentent la qualité de leur lecture” alors qu'aucune étude sur le sujet n'avait été menée dans son laboratoire, qu'il se fondait sur une étude italo-suisse non encore validée et qui n'a pu être reproduite.
L'émission met alors en cause la collaboration du laboratoire avec une start-up, Evidence B, avec les éditions Nathan et avec un fonds d’investissement, Infravia : "Si les collaborations entre les laboratoires de recherche publics et les entreprises privées n’ont rien d’illégal, elles doivent en revanche être transparentes." Or Grégoire Borst "admet ne pas avoir mentionné ses liens avec l’industrie dans sa déclaration publique d’intérêts, lors de sa participation au groupe d’experts de l’Élysée sur les écrans."
L'émission accroche ensuite "un autre enseignant-chercheur en sciences cognitives, Franck Ramus, du LSCP (Laboratoire de Sciences Cognitives et Psycholinguistique, EHESS - ENS). Il "œuvre pour que les sciences cognitives soient au cœur des problématiques d’apprentissage" et il appelle, lui aussi, "à ne pas diaboliser les écrans". Si ses recherches ne sont pas "directement financées" par l’industrie de la tech, il a mené "un projet en partenariat avec une start-up, Didask, subventionné par l’État" et qui devait permettre de “former des enseignants du premier degré", mais dont les outils sont commercialisés "à destination d’entreprises privées". Franck Ramus utilise par ailleurs les ressources d’une autre équipe du LSCP qui a des partenariats avec Google et Meta. Franck Ramus fait valoir qu'il s'agit juste un service rendu, sans échange d'argent.
Séverine Erhel (Rennes 2) est, elle aussi, épinglée. Son laboratoire a développé, avec l'entreprise Script&Go une application destinée à aider les enfants à apprendre à écrire : Kaligo. Mais derrière Script&Go, on trouve Microsoft avec un objectif, "comprendre comment capter (l') attention" des enfants de 3 à 7 ans”. Au total, "l’Etat a dépensé plus de 6 millions d’euros, via des appels à projets, pour développer l’application Kaligo, utilisée, selon l’entreprise, par 20 000 des 12 millions d’élèves français" alors que “l’utilisation d’équipement individuel est proscrite à l’école maternelle”, et que pour les élèves de primaire, elle n’est “ni souhaitable, ni nécessaire", selon l'Education nationale.
Rappelons que les liens entre chercheurs et entreprises industrielles sont habituels et notons que les entorses à la réglementation qui les encadre, largement détaillées dans l'émission, semblent mineures. Notre consoeur met en réalité en évidence le rôles de trois chercheurs fortement médiatisés, pour deux d'entre eux membres du Conseil scientifique créé par Jean-Michel Blanquer, dans le poids que prennent, via les sciences cognitives, les écrans dans le système éducatif.
Le site de l'émission ici

