Remplacements : les recettes du sénateur Olivier Paccaud
Paru dans Scolaire le dimanche 15 juin 2025.
"Dans le premier degré, près de 7,5 millions de demi-journées n’ont pas été assurées par l’enseignant titulaire lors de l’année scolaire 2023-2024". Dans le second degré public, près de 12 millions d’heures d’absence de courte durée ont été comptabilisées constate le sénateur Olivier Paccaud dans son rapport titré, non sans humour, "Des enseignants de plus en plus irremplaçables" et qui invite à revoir les politiques mises en oeuvre.
Il commence par plusieurs constats. "Par comparaison avec les autres fonctions publiques et avec le secteur privé, les enseignants sont globalement moins absents que la moyenne", ce qui n'empêche pas qu'au total, un élève perde quelque 4,6 % de scolarité. "Il s’agit d’une statistique considérable, qui illustre l’importance de la problématique du remplacement pour la scolarité des élèves français."
Mais l'administration maîtrise mal le sujet. En 2024, les crédits ont été sur-consommés de 9 % (371 M€). "Une telle imprécision dans la prévision des dépenses n’est pas acceptable." De plus, "le vivier d’enseignants disponibles pour le remplacement s’est asséché" du fait des "politiques récentes de l’éducation nationale" : "Le dédoublement des classes de grande section, de CP et de CE1 opéré à partir de 2017 a nécessité le déploiement de 16 000 emplois, ce qui explique la multiplication par trois de la part d’enseignants remplaçants contractuels. Dans le second degré, la création des 'groupes de besoin' en sixième et cinquième à la rentrée 2024 a entrainé l’utilisation de 2 300 emplois supplémentaires."
Le sénateur pointe aussi les absences liées à la formation, dans le premier degré, 23 963 demi-journées comptabilisées en 2023-2024 (0,3 % des absences), dans le second degré, près de 2,12 millions d’heures d’absence de courte durée pour des raisons de formation, de concours ou de validation des acquis de l’expérience, représentant 10,3 % des heures d’absence.
Après un état des lieux aussi précis que les données de l'Education nationale le permettent, l'auteur propose un certain nombre de mesures qui pourraient améliorer la situation.
Certaines sont communes aux deux degrés
"Lutter contre 'l’absentéisme' des enseignants passe par une prise en compte des difficultés réelles et croissantes rencontrées par ces personnels dans l’exercice de leurs missions.
"Il est urgent de procéder à une hausse du potentiel net de remplacement des enseignants."
"Une revalorisation de la fonction d’enseignant remplaçant pourrait de plus permettre de recruter davantage d’enseignants expérimentés et volontaires pour les missions spécifiques de remplacement."
"Il pourrait être opportun d’attribuer aux (enseignants-remplaçants) un 'bonus' dans le barème utilisé par les académies lors du traitement des demandes de mutation."
"Pour améliorer l’efficacité du remplacement dans les zones rurales, des dispositifs pourraient être envisagés pour prêter une voiture, via les collectivités par exemple. De même, pour un remplacement de longue durée, il pourrait être envisagé de trouver des solutions de logement dans les établissements."
"Une formation sur les contraintes spécifiques au métier d’enseignant remplaçant est indispensable."
Il faudrait tenir compte des difficultés propres au remplacement : "La difficulté liée aux conditions de travail est visible dans la fréquence plus élevée des absences des enseignants remplaçants pour raisons de santé."
Dans le premier degré
"Une fusion des zones de remplacement à l’échelle du département serait également pertinente, en particulier au niveau des départements très urbains avec une offre de transport public développée."
"Certaines brigades de remplacement sont actuellement affectées spécifiquement à une mission, soit de prise en charge des élèves en situation de handicap, soit de remplacement dans les établissements de l’éducation prioritaire (...). Une telle organisation est source d’inefficience (...). Le mouvement de fusion des brigades de remplacement en une seule brigade départementale doit être poursuivi."
"Il est regrettable qu’aucun dispositif ne soit dédié aux enseignants du premier degré (dans le cadre du Pacte, ndlr), alors qu’ils acceptent régulièrement d’accueillir des élèves supplémentaires dans leur classe pour pallier l’absence d’un collègue, dans l’attente de l’affectation d’un remplaçant. Il s’agit d’une mission coûteuse en termes d’effort, qu’il pourrait être juste de rémunérer via le Pacte enseignant."
Dans le second degré
"La mise en œuvre d’une logique de bassin entre établissements pour le remplacement de courte durée pourrait permettre d’améliorer le taux d’efficacité du remplacement."
"Le développement de la bivalence parmi les enseignants, c’est-à-dire de la capacité à enseigner deux matières distinctes (...) pourrait permettre d’apporter des solutions au manque d’enseignants dans certaines matières. Il serait envisageable par exemple de dispenser une formation de philosophie aux enseignants de lettres, et inversement, via des modules de formation continue, afin de leur permettre d’enseigner ces matières également."
"Une réflexion pourrait être amorcée pour ouvrir la possibilité pour les enseignants en arrêt, qui le souhaiteraient et en auraient les capacités physiques et matérielles, de dispenser des cours à distance."
A l'instar de ce que fait l'enseignement catholique, les établissements pourraient prévoir "des journées 'banalisées' annoncées à l’avance (...). Pendant ces journées, des contrôles pourraient être organisés par exemple, sous surveillance des assistants d’éducation (AED), ou des travaux prévus à l’avance grâce aux plateformes mis à disposition notamment par le CNED."
"Le pilotage du remplacement de courte durée pourrait être encore optimisé si une gestion en 'réseau' entre établissements du second degré était mise en œuvre, en particulier dans les zones urbaines."
"Des expérimentations ont été conduites, en particulier dans l’académie de Nancy-Metz, pour mettre en œuvre des
'TZR numériques', qui enseigneraient à distance à plusieurs classes en même temps."
Le rapport ici

