Infirmier.e.s scolaires : les parlementaires créent une spécialité et un diplôme à bac+5
Paru dans Scolaire le mercredi 11 juin 2025.
La Commission mixte paritaire a adopté, hier 10 juin, la proposition de loi sur la profession d'infirmier dont l'article 1er quater A prévoit d'inserer dans le code de la santé publique un article L. 4311-4-1 ainsi rédigé :
"Les infirmières et infirmiers du corps de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur constituent une spécialité infirmière autonome pouvant être sanctionnée par un diplôme de niveau 7.
À ce titre, ils exercent des missions spécifiques définies par leur cadre statutaire. Leur rôle, principalement éducatif et préventif, s’inscrit dans la politique générale de l’éducation nationale, dont l’objectif est de contribuer à la réussite de tous les élèves et étudiants.
Les modalités d’application du présent article sont précisées par décret en Conseil d’État."
L'article 2 ajoute les établissements scolaires aux lieux où peuvent exercer en pratique avancée les auxiliaires médicaux.
Cette adoption a été précédée d'un important débat sur la distinction entre les IPA (infirmiers en pratique avancée, formés à bac+5) et les futurs infirmiers scolaires, qui seraient également formés à bac + 5 (le niveau 7 correspondant à M2).
Pour Anne-Sophie Romagny, rapporteure pour le Sénat (Union centriste), l'article 2 de la proposition de loi ouvre "l'exercice en pratique avancée à de nouveaux lieux comme les établissements scolaires et les services de protection maternelle et infantile" tandis que l'article 1er quater A "tend à conférer un statut d'infirmier de spécialité aux infirmiers de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur, et ouvre la voie à une formation de niveau bac + 5 pour ces professionnels." Il s'agirait donc, estime-t-elle d'une évolution professionnelle plutôt que de la création d'une nouvelle spécialité, disposition qui l'inquiète. "Nous craignons en effet qu'une formation de niveau bac + 5 ne dissuade les infirmiers ayant déjà exercé en ville ou à l'hôpital d'intégrer l'éducation nationale et qu'elle ne crée une confusion et des rivalités statutaires avec les IPA exerçant dans les établissements scolaires."
Nicole Dubré-Chirat, rapporteure pour l'Assemblée nationale (RE), est également réticente. Elle craint que la spécialité ""ne fasse double emploi avec la possibilité donnée aux IPA d'exercer en établissement scolaire (...). Évitons de multiplier les formations de niveau bac + 5 pour chaque spécialité, alors que ce champ d'activité peut être couvert par la formation d'IPA dans les conditions actuelles. Nous risquerions d'accroître les difficultés de recrutement." Elle propose donc, comme les rapporteurs du Sénat, de supprimer l'article 1er quater A.
Mais Hendrik Davi (député, LF) ne comprend pas cette proposition : "Ouvrir une spécialité d'infirmière scolaire (lui) semble une très bonne idée (...) Les IPA ne seront pas appelées à remplir ce rôle. Elles ne sont que 6 000 quand on compte 7 800 infirmières scolaires : elles (...) n'effectuent pas exactement le même travail que les infirmières scolaires (....)."
Sandrine Runel (députée, PS) va dans le même sens : "Nous avons accueilli favorablement l'amendement déposé par des sénateurs du groupe Les Républicains visant à reconnaître l'exercice de la profession d'infirmier dans les établissements scolaires et universitaires comme une spécialité. Les infirmières scolaires ont un rôle très différent de celui des IPA. Elles écoutent, accompagnent et déploient des actions de prévention, elles ne prodiguent pas que des soins (...). Mettre en avant le travail des infirmières scolaires, très différent de celui des IPA, est une bonne idée, donc nous défendons le maintien de l'article."
Émilienne Poumirol (sénatrice, PS) confirme. Les IPA "suivent deux ans de formation une fois obtenu le diplôme d'État" mais "ne suivent pas de formation particulière à la santé de l'enfant et de l'adolescent (...) Elles passent un concours de l’éducation nationale puis reçoivent une formation, insuffisante – elle peut ne durer que quelques semaines – et très variable d’une académie à l’autre."
Thierry Frappé, (député, RN) met "(s)es pas dans ceux des orateurs précédents".
Nicole Dubré-Chirat reprend la parole pour préciser, "nous ne voulons pas remplacer les infirmières scolaires par des IPA (...) mais nous ne souhaitons pas alimenter la course au master ou à la formation à bac+5. Ce mouvement a été enclenché pour certaines spécialités, mais quel ministère financerait les deux années supplémentaires de formation ? (...)".
Émilienne Poumirol ajoute que "le pouvoir réglementaire pourrait cadrer la formation des infirmières scolaires, notamment pour en harmoniser la durée, par exemple à une année, dans l'ensemble des académies".
Annie Le Houerou (sénatrice PS) estime, après avoir rencontré les représentantes des infirmièr.e.s scolaires que le manque d'attractivité du métier "est dû en partie à l'insuffisance de leur formation. Or la reconnaissance d'une spécialité contribuerait à renforcer celle-ci et leur permettrait d'être plus à l'aise face aux adolescents."
Anne-Sophie Romagny "entend l'émotion que suscite la proposition de supprimer cet article" mais elle craint à l'inverse que "l'allongement des études" ne décourage "celles qui choisissent ce métier en seconde partie de carrière". Elle ajoute : "La reconnaissance de cette spécialité - au même titre que celle d'infirmière anesthésiste, d'infirmière de bloc opératoire ou d'infirmière puéricultrice - ne conférerait aucune nouvelle prérogative aux infirmières scolaires, à la différence du statut d'infirmière en pratique avancée."
Hendrik Davi conteste : La demande des infirmières scolaires est simple : elles souhaitent que leur formation soit un peu mieux organisée et puisse être suivie en alternance."
Sandrine Runel. "Le métier d'infirmière scolaire est très différent de ce qu'il était il y a vingt ans. Il consiste, non plus à faire de la 'bobologie', mais à recevoir des enfants qui vont mal et vivent des choses parfois très violentes, et à répondre à leurs questions, qu'ils ne peuvent pas toujours poser à d'autres adultes. Il est essentiel que non seulement ces infirmières, qui contribuent à la libération de la parole, soient formées, mais que leur utilité soit reconnue (...)."
Karen Erodi (députée, LFI). "(...) Si les infirmières scolaires pouvaient suivre une formation spécifique, elles choisiraient plus souvent cette voie en début de carrière."
Jean Sol (sénateur, LR) estime que "la création d'une spécialité (...) pourrait produire des effets pervers : l'allongement de la durée de la formation risque de dissuader des infirmières qui exercent en ville ou à l'hôpital de se tourner vers cette filière (...)."
Nicole Dubré-Chirat confirme qu'elle n'est "pas certaine qu'une spécialité soit forcément un atout" et ajoute : "La formation qu'elles suivraient dans ce cadre aurait un coût, lequel serait supporté par l'éducation nationale, qui ne se montre pas, pour l'instant, ouverte à cette possibilité. Il faudrait, de surcroît, remplacer les infirmières qui partent en formation."
Émilienne Poumirol considère à l'inverse que "la formation des infirmiers diplômés d'État n'inclut pas de modules consacrés à la prévention, à la pédiatrie ou à la santé de l'enfant et de l'adolescent" et qu'il est "nécessaire de créer une spécialité", mais on pourrait supprimer "la mention d'un diplôme de niveau 7 et de renvoyer la question au domaine réglementaire".
Sandrine Runel considère que supprimer cet article serait "envoyer un signal désastreux" à la profession.
La proposition de suppression est rejetée et l'article 1er quater A est adopté dans la rédaction issue des travaux du Sénat.
Le site ici, le projet de loi ici

