L’éducation populaire au service des jeunesses rurales (VEN)
Paru dans Scolaire, Périscolaire, Orientation le lundi 26 mai 2025.
C’est aux jeunesses rurales que la revue des Ceméa, "Vers une éducation nouvelle" (VEN), consacre son numéro de printemps. Des publics qui se caractérisent par leur diversité, "qui fait toute la difficulté d’accompagner et d’éduquer en milieu rural", écrit Laurence Bernabeu, rédactrice en chef de la revue. A quoi s’ajoute, pour les professionnels, la nécessité de couvrir de vastes territoires, jusqu’à 400 km, dans l’objectif de "tisser du lien" entre des jeunes souvent plus isolés que ceux en milieu urbain et qui ont moins facilement accès aux services et infrastructures.
Les besoins d’accompagnement, "multiples", souligne Laurence Bernabeu, obligent les éducateurs et accompagnants à une polyvalence qui peut aller "à contre-courant des politiques publique" explique Tana Stromboni, chargée d’études et d’évaluation à l’Injep, interviewée pour le numéro : "au plan des pouvoirs publics, on se retrouve souvent avec des politiques sectorielles et non coordonnées, ce qui rend compliquée une action globale et intégrée en direction de la jeunesse".
Pour éclairer les dynamiques à l’œuvre dans la jeunesse rurale, la parole est laissée au chercheur Clément Reversé qui a sorti en mai de cette année l’ouvrage La vie de cassos : jeunes ruraux en survie consacré à des jeunes décrocheurs et NEET (sans emploi, formation ou étude) ruraux qui "doivent représenter un demi-million d’individus et restent très largement invisibles". Le chercheur nous apprend que ces derniers, "par peur d’être stigmatisés, sont nombreux à refuser certaines aides sociales comme le RSA, les APL et le chômage, y compris quand ils sont dans une situation réelle d’indigence".
Ce sont sur les jeunes femmes des espaces ruraux, "aux filles du coin", par ailleurs titre de son ouvrage, que la sociologue Yaëlle Amsellem-Mainguy s'est penchée. Elle y livre le constat que les filles vivent des inégalités plus fortes que les garçons et sont soumises à davantage de violences. "Elles investissent alors fortement les relations avec la famille de leur partenaire (au risque de se retrouver isolées en cas de conflit), et décrivent un resserrement des activités et sociabilités au sein de la sphère domestique", écrit-elle dans son ouvrage.
Outre les analyses et éclairages des chercheurs, place est faite aux acteurs de terrain et à des reportages, tel que celui dédié à la Maison familiale rurale de Dax/Oeyreluy dans le sud des Landes. La structure accueille "non plus comme avant des enfants d’agriculteurs mais plutôt de jeunes ruraux qui n’ont pas trouvé de place dans le système traditionnel, plombés par des difficultés d’apprentissage ou ne trouvant pas de sens aux activités proposées", explique la femme qui dirige l’établissement. Ces jeunes, qui n'ont pas trouvé leur place dans le système scolaire classique, y repuisent motivation et construisent des projets professionnels.
Malgré les nombreux obstacles, les structures d’éducation populaire apparaissent comme un moyen de "donner vie" aux territoires ruraux grâce au "travail de celles et ceux qui forment le premier maillon pour faire société, militantes et militants de l’éducation, de la formation et du travail social", écrit Laurence Bernabeu. Il y a ainsi "une urgence démocratique" "à consolider les financements (de ces structures) pour qu’elles ne passent pas leur temps à répondre à des appels à projets au détriment de l’accompagnement de leur public", et à "en finir avec les temps partiels et fractionnés", estime la rédactrice en chef.
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