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Stanislas : l'inspection était-elle "normale" ? (commission d'enquête)

Paru dans Scolaire le jeudi 22 mai 2025.

L'audition, hier mercredi 21 mai par la commission d'enquête sur la prévention des violences dans les établissements scolaires, des cinq inspecteurs généraux de la mission d'inspection de Stanislas, a révélé que, de façon absolument contraire aux usages, la lettre de transmission au ministre avait été modifiée par la cheffe de service, Caroline Pascale sans l'accord des auteurs du rapport. Elle a ajouté les lignes suivantes : "au terme de la mission, l'équipe ne confirme pas les faits de sexisme, homophobie, autoritarisme dont la presse s'est fait l'écho." Elle a également ajouté que "l'esprit Stan" pouvait "amener à des dérives" et que le changement de direction serait l'occasion de "dépoussiérer" l'établissement et d'en revoir le règlement. Tous soulignent l'importance de cet écrit qui vaut synthèse et conclusion du rapport et qui est ce que lit le ou la ministre.

Patrick Allal, qui était le référent de la mission, estime que ces propos ne constituent pas "une distorsion" d'un rapport par ailleurs extrêmement "sévère" alors que Françoise Boutet-Waïs et Annie Dyckmans n'auraient jamais accepté de le signer, puisqu'elles avaient constaté exactement l'inverse. Toutes deux assument totalement le rapport lui-même et la lettre de transmission telle qu'elle leur avait été proposée avant modification.

Les débats (3h45) ont été l'occasion d'évoquer le fonctionnement habituel de l'Inspection générale dont les membres se font absolument confiance. Leurs débats peuvent être vifs, mais ils recherchent toujours à trouver des formulations qui conviennent à tous. Patrick Allal, juriste, a joué un rôle essentiel, rappelant que la mission ne pouvait aller au-delà des termes de sa lettre de mission, qui lui avait été adressée par Pap Ndiaye et qui ne portait que sur les enseignements. Roger Vrand souligne que la mission est, de fait, allée au-delà. Normalement ce qui relève de la pastorale et du "caractère propre" n'entre pas dans les prérogatives de l'inspection, mais la catéchèse étant obligatoire (de facto, du fait de son inscription dans l'emploi du temps, ndlr), elle devenait un enseignement et elle était l'occasion de diffuser des messages délictueux : l'homosexualité serait le produit d'une infidélité au sein du couple parental, une femme violée ne doit pas recourir à une interruption volontaire de grossesse... L'établissement a prétendu que le catéchiste n'exerçait plus à "Stan", ce qui s'est révélé être faux. Il fallait que cela figure dans le rapport, la mission devait-elle pour autant "faire un article 40" et un signalement au procureur ? C'est finalement, après hésitations, ce qu'elle a fait. En revanche, les interrogations portant sur le mode de financement de l'établissement, considérées comme "hors sujet" ne figurent pas dans le rapport, pas plus qu'une analyse du fonctionnement pyramidal du collège qui empêche que les incidents remontent à la direction ou, à l'inverse, que les enseignants soient prévenus d'une décision de leur hiérarchie, par exemple l'exclusion d'une élève pourtant brillante.

Ces hésitations et ces désaccords - Annie Dyckmans parle de "pluralité des regards" -, n'empêchent pas qu'il y ait collégialité. L'ajout de ces quelques lignes constitue donc, estime-t-elle avec Françoise Boutet-Waïs, et sans être sérieusement contredites par les trois autres inspecteurs généraux, un fait inédit et très grave, qui va à l'encontre de l'appréciation de P. Allal pour qui cette mission était "normale". Il en était à l'origine le pilote et il lui avait été demandé d'interrompre sa mission pour une autre enquête, jugée médiatiquement plus sensible par le cabinet du ministre, s'agissant du suicide d'un enseignant connu pour faire "la chasse aux élèves qui portaient le voile dans l'établissement".

Les inspecteurs avaient donc rendu leur copie le 1er août 2023. C'est au mois d'avril 2025 qu'ils ont découvert les modifications apportées à la lettre de transmission.

L'audition ici

 

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