Rénovation du bâti scolaire : l’occasion de créer du commun (journées La classe dehors)
Paru dans Petite enfance, Scolaire le lundi 19 mai 2025.
D’ici à 2030, 1,3 million d’enfants de maternelle seront exposés à des températures excédant les 35° dans les classes en raison de la vétusté du bâti scolaire. Issu d’un rapport d’Oxfam, ce chiffre rappelle l’urgence de rénover les établissements scolaires pour répondre au défi climatique. "Nous sommes face à une problématique de santé publique et pédagogique", a posé en introduction l’animateur de la table ronde consacrée à cette thématique lors des Rencontres internationales de la classe dehors qui se sont tenues à Marseille du 14 au 17 mai (voir TE ici). Face à ce défi architectural, l’Etat a lancé le plan "rénovation des écoles" qui prévoit la rénovation de 40 000 écoles d’ici 2034.
Marseille est une des villes à bénéficier d’un soutien de l’Etat pour rénover ses écoles. En outre, 20% de son budget est consacré aux aménagements ou constructions d’écoles, a fait savoir Pierre-Marie Ganozzi, adjoint à la mairie de Marseille en charge du plan Ecoles et du bâti scolaire. Adoption d’un "Plan canicule", instauration d’un système de ventilation qui ne repose pas sur les climatiseurs, végétalisation des cours, voici certains des axes de la ville méditerranéenne pour faire face aux vagues de chaleur.
Les petites communes en manque de financements
Si Marseille a pu trouver les fonds pour mettre en œuvre son Plan rénovation, ce n’est pas le cas de l’ensemble des communes qui peinent à trouver les financements nécessaires dans un contexte de restriction budgétaire. "Nous avons la chance d’être une grande collectivité, a reconnu Pierre-Marie Ganozzi. Mais le vrai enjeu est de savoir comment faire en sorte que les petites communes puissent investir dans le bâti scolaire." Pour Betty Teissier, secrétaire départementale à la FSU, la solution passe par "un grand plan de financement de la part de l’Etat pour que les collectivités n’aient pas à tout assumer".
Un des enjeux majeurs est aussi celui de l’ "acculturation globale" selon Alexis Desplats, architecte et doctorant. Un concept à comprendre comme l’implication de l’ensemble des acteurs au processus de (re)construction d’un bâtiment. Et en premier lieu les enfants qui doivent, selon le chercheur, être associés au chantier. La présence d'architectes dans l'école et leur disponibilité "est le secret pour susciter l’adhésion au projet". Faire un chantier collectif permet d’impliquer les acteurs, a-t-il souligné. La participation engage un échange et permet d’être plus démocratique", et par conséquent diminue les réticences.
Impliquer les acteurs au chantier, un enjeu démocratique
Cet enjeu de culture a également été souligné par Pierre-Marie Ganozzi. "Nous sommes encore dans une culture de la cour ultra sécurisée en bitume", alors qu’il faudrait végétaliser ces espaces, a pointé l’adjoint à la mairie de Marseille. Un sujet qui pourrait faire l’objet d’échanges lors d’un chantier en commun par exemple. Alexis Desplats, dont le travail de recherche porte sur la médiation architecturale dans le cadre d’une réhabilitation de groupe scolaire, a donné en exemple une école à Melun où les enfants ont participé à la construction de briques en terre sèche. Ce fut l’occasion pour eux de découvrir une pratique nouvelle et de partager entre eux des connaissances que certains avaient déjà. "40 000 écoles à rénover, c’est 40 000 prétextes à faire du commun", a lancé l’architecte, convaincu et motivé.
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