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La Classe dehors : une pratique qui s'étend malgré des freins (Rencontres internationales de la Classe dehors)

Paru dans Scolaire, Périscolaire le lundi 19 mai 2025.

Quelque 200 organisations étaient présentes à Marseille entre les 14 et 17 mai aux Rencontres internationales de la Classe dehors, organisées par la Fabrique des communs pédagogiques. Cette 2e édition, après celle en 2023 à Poitiers, a fait venir du monde des quatre coins de la France afin d’échanger sur les multiples manières de faire de l’éducation à l’extérieur, une pratique considérée comme ayant des effets bénéfiques sur les apprentissages mais aussi sur le bien-être des enfants.

Étaient inscrits au programme des tables rondes et des conférences, mais aussi des ateliers, répartis dans le parc du 26e de Centenaire et d’autres sites de la cité phocéenne dont le but était de réfléchir collectivement à des expériences liées à l'éducation dehors, que ce soit la classe promenade, l’enseignement de l’histoire à travers les plantes et leurs origines parfois lointaines ou encore la formation des ATSEM à cette pratique.  

Se faire rencontrer les acteurs qui pratiquent l'école dehors

L’objectif de ces rencontres ? "Créer du commun, des liens, des connaissances", explique Benjamin Chow-Petit, membre du directoire de la Fabrique des communs pédagogiques qui a "un rôle d’assembleur" : "Notre particularité est de créer des réciprocités et de se faire rencontrer les acteurs de terrain et les décideurs pour fluidifier la coopération." En effet, élus, associations, acteurs de l’Education nationale, mouvements d’éducation populaire, étaient présents durant ces quatre jours.

Derrière la pratique, soit être à l’extérieur, faire classe dehors engage "un ensemble d’autres ouvertures, met en avant Benjamin Chow-Petit. Comme se lier au territoire, s’ouvrir à la coopération, se poser des questions d’urbanisme". Cet ancrage dans un territoire, c’est ce que visent d’ailleurs les "aires éducatives". Au nombre de 1 500 aujourd’hui, elles sont un "espace naturel géré de manière participative par les élèves de primaire, d’un collège ou d’un lycée". Concrètement, un groupe d’élèves est accompagné dans le choix d’un site, non loin de leur établissement scolaire, où ils se rendent régulièrement et pour lequel ils réalisent d’abord un "diagnostic" puis, réunis en "conseil des enfants", prennent des décisions dans un souci de protection de l’environnement.

"Cela permet de faire l’expérimentation d’un bien commun, explique François Morisseau, chef de projet des aires éducatives à l’Office français de la biodiversité (OFB) qui a élaboré la méthodologie et accompagne les projets. Et les élèves sont acteurs ! Le retour principal des enseignants, c’est que cette expérience responsabilise les jeunes qui en tirent un sentiment de fierté. Ça change la dynamique de classe." Tout au long du projet, beaucoup de disciplines sont mobilisées : découverte de la faune et de la flore, écriture d’une lettre aux acteurs concernés tel qu’un élu local ou les habitants, dessiner une cartographie du site… "C’est une autre manière de développer des compétences scolaires en pédagogie de projet", dit François Morisseau enthousiaste.

Mobiliser l'extérieur pour répondre aux programmes

Pauline, professeure des écoles à Toulouse, a quant à elle commencé à pratique la classe dehors l’année dernière après avoir suivi une proposition de la Fabrique des communs pédagogiques. "C’est génial", lance l’enseignante qui a conduit ses élèves dans un parc à côté de l’école tous les matins pendant une semaine. Cette année, elle a poursuivi l’expérimentation en se rendant une fois par semaine à l’extérieur. "Les parents disent que leurs enfants, de retour à la maison, sont exaltés et racontent ce qu’ils ont fait alors qu’habituellement, ils oublient ou n'en parlent pas." Les enseignants, parfois réticents à développer cette pratique, peuvent être accompagnés par des structures, comme SINE (Strasbourg Initiation Nature Environnement) qui leur propose des formations.

"On apprend à utiliser l’environnement pour répondre aux programmes scolaires", explique Manon Kaupp, animatrice culture au sein de l’association SINE. Repérer des lettres de l’alphabet dans l’architecture ou la nature, faire des divisions ou soustractions en s’appuyant sur des marquages au sol… Les idées ne manquent pas pour transmettre des connaissances en mobilisant l’environnement naturel des enfants. "A un moment donné, il faut juste sortir, même dans la rue", lance l’animatrice. Nul besoin de grand parc verdoyant ou d’écrin de biodiversité, le simple fait d’aller à l’extérieur présente, selon l’animatrice, des bienfaits en termes de concentration, d’entraide, de santé physique et psychique. Et l’association assure la médiation pour encourager les professeurs, qui ont besoin d’être rassurés sur le fait qu’être dehors n’entraînera pas de retard sur les attentes scolaires. "Même au contraire !", s’exclame Manon Kaupp qui pointe qu’ " accompagner à faire la classe dehors, c’est aussi apprendre à accepter les imprévus".

Le thème des risques a d’ailleurs fait l’objet d’une table ronde. "Pourquoi ce sujet ? a posé en introduction l’animateur de l’échange. Parce que trop souvent les freins aux actions d’éduquer dehors sont liés aux risques. Mais il faut oser prendre des risques plutôt que de chercher à les maîtriser." Une vision partagée par les participants, deux membres des CEMEA et la sénatrice socialiste Colombe Brossel. "Nous avons une vision faussée du risque et du danger, a posé Anne-Dominique Israel, directrice adjointe jeunesse éducation citoyenneté culture aux CEMEA Occitanie. Il faut accompagner à la prise de risque et former les acteurs éducatifs à prendre du recul." Colombe Brossel a souligné de son côté le rôle des politiques publiques, notamment d’aménagement, qui peuvent favoriser ce type de pratiques, comme la piétonisation des rues aux abords des écoles qui invite les enfants à jouer davantage dehors et à se rencontrer.

Réticence des parents, blocage de la hiérarchie... De multiples contraintes

Mais des freins persistent au déploiement de l'éducation dehors malgré la motivation des acteurs éducatifs. Ce qu’illustre le témoignage d’un directeur d’un centre aéré de Marseille. Ce dernier a souligné la pression exercée par les parents, souvent réfractaires à laisser leurs enfants aller dehors par peur d'un accident, ou l’influence des réseaux sociaux qui instaurent une forme de contrôle permanent. Une professeure d’histoire-géographie a partagé que sa direction ne lui laissait la possibilité de continuer à faire cours dehors qu’à condition qu’une patrouille de gendarmes soit présente. Une autre, enseignant en lycée professionnel, a rappelé "la montagne de paperasses" et les "réticences des chefs d’établissement".

Pour Colombe Brossel, un des éléments de réponse est la proposition de loi pour développer l’éducation à l’extérieur (voir TE ici), portée par des élus de tous bords. "L’article 1 vise à modifier le code de l’éducation, a-t-elle expliqué. Il ne sera plus question de la responsabilité d’un individu car l’objectif sera celui de tous." Une réponse certes, mais encore insuffisante  a estimé un des participants de la table ronde et animateur aux CEMEA : "La pression individuelle restera. Pour y faire face, il faut, sur le terrain, aller voir des éducateurs, des mouvements, etc. Il faut remettre du collectif et de l’horizontalité dans nos métiers."

Si des obstacles demeurent, le mouvement de la Classe dehors prend de l’ampleur. "Il est difficile de savoir combien d’acteurs s’en revendiquent car les données actuelles sont basées sur du déclaratif", explique la Fabrique des communs pédagogiques. Pour en avoir une idée toutefois, l’association a conçu une carte qui présente les acteurs qui pratiquent des classes dehors en France (voir ici). Preuve du développement de cette approche : l’Education nationale s’empare du sujet, notamment pour le premier degré dans le cadre des formations continues proposées par les académies, et des INSPE ont intégré à leur parcours de formation des modules dédiées à cette forme d'enseignement.

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