Environnements numériques : réglementer, mais en prenant en compte le point de vue des enfants et des adolescents (OCDE)
Paru dans Scolaire, Périscolaire, Culture le jeudi 15 mai 2025.
Les adolescents souhaitent "être protégés sans être exclus de l’environnement numérique (...). Ils veulent que les plateformes numériques cessent de les exploiter à des fins commerciales, de collecter des données et de les exposer à des contenus fallacieux et préjudiciables. Ils souhaitent en outre que leurs parents leur fassent davantage confiance et leur laissent plus d’autonomie, afin d’être mieux informés sur les avantages et les risques des technologies et médias numériques."
C'est partant de ce constat que l'OCDE propose aux pays membres de privilégier "une approche mobilisant l’ensemble des administrations publiques" pour "la formulation de politiques qui englobent, dans toutes ses dimensions, et notamment en ce qui concerne la santé, l’éducation et le bien-être social, l’action du numérique sur la jeune génération". Mettre en place "un cadre politique et juridique solide offrant à tous les enfants une protection et un accompagnement complets" suppose de mieux connaître les effets, positifs et négatifs, de ces environnements numériques. Il faut "investir dans la collecte de données plus solides pour suivre l’utilisation du numérique chez les enfants".
Manque de données
Nous savons, d’après les données du PISA 2022, que 96 % des jeunes de 15 ans dans les pays de l’OCDE disposent chez eux d’un ordinateur ou d’une tablette, et 98 % d’un smartphone pourvu d’une connexion à l’internet et que "la moitié au moins de ces jeunes passe chaque semaine 30 heures, sinon davantage, sur ces appareils, une minorité notable – de 10 % au Japon à 43 % en Lettonie – déclarant même leur consacrer 60 heures ou plus". Mais toutes les activités "ne comportent pas les mêmes risques et, par manque de données, les recherches menées à ce jour se bornent encore, pour l’essentiel, à mettre en évidence des corrélations plutôt que des liens de causalité". Il faudrait "mettre à profit les connaissances de diverses parties prenantes" pour "brosser un tableau équilibré des avantages et des risques associés aux médias numériques, et élaborer des politiques du numérique étayées par des bases factuelles solides".
C'est ainsi, par exemple, que "les données concernant l’incidence de l’interdiction des téléphones à l’école sur les résultats scolaires et le bien-être des élèves ne sont pas concluantes. Si certaines études donnent à penser que le fait de restreindre l’utilisation des smartphones peut favoriser de meilleurs résultats scolaires (...), certaines recherches montrent que cela n’a aucun avantage, voire que cela peut avoir des effets négatifs en provoquant une anxiété accrue (...), les données probantes ne sont pas suffisamment complètes pour déterminer quelle politiques sont les plus efficaces (...)".
Il incombe toutefois "aux pouvoirs publics d’établir des règlements et des normes auxquels les prestataires de services numériques doivent se conformer", notamment en mettant en place des "filtres de contenus pour empêcher l’exposition à la désinformation, aux contenus inappropriés et aux discours de haine", mais aussi des "mécanismes de réclamation permettant aux enfants de signaler et de résoudre les problèmes (...), 53 % seulement des jeunes de 15 ans déclarent pouvoir modifier facilement les paramètres de leur appareil ou de leur application pour protéger leurs données et leur vie privée."
Des mesures difficiles à faire appliquer
"En 2023, près d’un tiers des pays européens étaient dotés d’un plan d’action national pour la protection des enfants dans l’environnement numérique. On peut ainsi citer (...) les stratégies nationales de la Norvège et de la Slovaquie pour la sécurité des enfants dans l’environnement numérique, qui montrent qu’une coordination efficace entre différents ministères est possible." D'autres, comme l’Australie, réfléchissent à la possibilité d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux enfants de moins de 16 ans, "même si ces mesures sont difficiles à faire appliquer, peuvent être contournées et ont des implications pour les droits des enfants et leur utilisation du numérique".
Le point de vue des jeunes
Le rapport met aussi en évidence que "les enseignants, les établissements scolaires et les systèmes éducatifs sont déterminants pour aider les enfants à développer leur culture numérique et à acquérir des compétences citoyennes, à comprendre les risques numériques, et à faire face aux situations problématiques en ligne". Les auteurs évoquent également "des plans concernant l’utilisation des médias numériques qui impliquent tous les membres de la famille peuvent être particulièrement utiles pour encourager les parents à réfléchir à leurs propres habitudes." Mais surtout, "l’intégration des points de vue et des expériences des enfants et des adolescents dans la conception des politiques du numérique est essentielle pour veiller à ce que les décisions prises tiennent compte des risques auxquels ils sont confrontés, respectent leurs attentes – y compris leur volonté d’autonomie – et puissent être mises en œuvre efficacement."
La version en français (et abrégée) du rapport "Comment va la vie des enfants à l’ère numérique ?" ici

