Une résurgence des stéréotypes de genre chez les jeunes (France Stratégie)
Paru dans Petite enfance, Scolaire le mardi 13 mai 2025.
Les stéréotypes filles-garçons résistent, surtout chez les plus jeunes chez qui, après des décennies d’avancée, on observe une "résurgence" de représentations sexistes. C’est ce nous apprend le rapport de France Stratégie intitulé "Stéréotypes filles-garçons : quel bilan sur dix ans, quelles priorités d’ici à 2030 ?", présenté à la presse ce 13 mai, en présence des deux ministres chargées de l'Education nationale et de l'égalité entre les femmes et les hommes .
Le rapport montre une recrudescence de certains préjugés, notamment chez les jeunes : 56 % des 18-24 ans pensent que "les mères savent mieux répondre aux besoins des enfants que les pères", contre 50 % en 2014. Chez les 11-17 ans, "l’adhésion aux différences sexuées d’aptitudes et de rôles sociaux est précoce, notamment sur la vocation parentale des mères et leur capacité supposée au soin des autres".
C’est "un recul parfois spectaculaire", commente Cécile Jolly, co-autrice du rapport lors de sa présentation. Elle souligne le "bilan préoccupant sur la petite enfance, l’école et la santé" : le déséquilibre des tâches se perpétue, le congé parental n’est que rarement pris, les garçons sont plus victimes de violences physiques, les filles de violences psychologiques. A l’école, l’écart en mathématiques ne cesse de s’accroître en défaveur des filles, ce qui est en partie lié à un manque de confiance et un phénomène d’autocensure.
"Sur la question d’égalité de genre, on a été et on est encore trop frileux, reconnaît Claude Roiron. La haute-fonctionnaire à l'égalité filles-garçons au ministère de l'Éducation nationale explique qu’il existe au sein de l’Education nationale des politiques pour lutter contre les inégalités sociales, d’autres pour favoriser l’école inclusive. "Mais il n’y a pas de ligne budgétaire pour l’égalité des genres." Selon elle, il est important de former les cadres et les personnels.
Parmi les 20 propositions du rapport, certaines concernent la petite enfance et la jeunesse. L’une vise à garantir un accueil formel pour tous les enfants à partir de l’âge de un an dans le cadre du service public de la petite enfance. Plusieurs concernent l’école : la mise en place d’un enseignement de sensibilisation aux stéréotypes et d’éducation à l’égalité dès primaire et durant toute la scolarité pour tous les élèves ; le suivi d’un module de formation par l’ensemble des personnels de l’Education nationale ; l’inscription systématique dans les lettres de mission des recteurs, des directeurs académiques et des chefs d’établissement des objectifs sur l’égalité et sur la mixité dans l’orientation scolaire. "L’école doit transmettre une vérité simple et essentielle : l’égalité n’est pas négociable", a affirmé Elisabeth Borne, qui a dit sa détermination à agir contre les inégalités de genre.
Dans un contexte où les filles se détournent massivement des métiers scientifiques, le rapport préconise un ensemble de mesures pour "dégenrer" l’orientation scolaire, les formations et les métiers. Dont l’instauration d’un bonus sur Affelnet et Parcoursup "pour les jeunes filles et garçons dont les vœux d’orientation se portent sur des spécialités de formation où leur sexe est nettement minoritaire". Le 7 mai dernier, la ministre de l’Education nationale avait par ailleurs annoncé le 7 mai un plan "Filles et Maths" pour "féminiser" les carrières scientifiques (voir TE ici).
Autre enjeu majeur : le numérique qui occupe une place centrale chez les jeunes adultes, adolescents mais aussi jeunes enfants. "67% des 6-10 ans sont déjà inscrits sur un réseau social, alerte Justine Atlan, directrice générale de l'association e-Enfance. Donc dès l’école primaire, les enfants sont déjà extrêmement influencés par ce qu’ils voient en ligne." Or, les contenus consommés par les jeunes sur les réseaux ou les plateformes numériques sont très fortement empreints de représentations stéréotypées. Des mesures du rapport visent à réguler ces espaces alors qu’ils le sont moins que les médias traditionnels.
Le rapport ici.
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