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Penser les "micro-violences éducatives" pour interroger la formation et les logiques de groupe (The Conversation)

Paru dans Scolaire le lundi 12 mai 2025.

Une enquête sur les micro-violences exercées par les enseignants sur leurs élèves à l'école et à l'université est en cours, menée par une équipe de recherche de l’université de Lorraine. Elle vise à mesurer l’ampleur de ce type de violences et leurs effets sur les parcours, scolaires et de vie, des élèves. Car bien qu’elles soient moins connues que les brutalités physiques ou le harcèlement, leurs conséquences n’en demeurent pas moins importantes pour les jeunes qui les ont subies. Dans un article pour The Conversation, le chercheur en sciences de l’éducation Jean-Michel Perez (Université de Lorraine) revient sur ce phénomène, encore peu étudié, "à la fois actuel et difficile à percevoir".

Il définit les micro-violences éducatives comme "de petits actes ou paroles du quotidien qui portent atteinte à la dignité d’un élève, sans être forcément perçus comme une forme de violence". Est donné en exemple la phrase lancée à une élève en classe de 4e : "Dans ton cerveau, c’est le désert, tu n’arriveras jamais à rien". Phrase qui a brisé la confiance de la collégienne durant des années.

Cette "violence banalisée" a des conséquences durables pour la victime dont l’estime de soi est cassée et qui peut se couper des apprentissages, du groupe et du désir d’apprendre. Jean-Michel s’interroge : "Pourquoi de tels comportements passent-ils inaperçus, voire sont-ils perpétués ?" Plusieurs explications à cela. D’abord l’ancrage dans la culture scolaire et le fonctionnement de l’institution scolaire de ce type de violences. Aussi, un recours par l’enseignant "par habitude et comme outil de contrôle de classe". "Enfin, les futurs enseignants apprennent d’abord et surtout à maîtriser des disciplines, mais la dimension relationnelle du métier n’est prépondérante ni dans les épreuves du concours ni dans les parcours qui les y préparent", écrit l’auteur.

Alors que c’est un angle mort de l’institution scolaire, il est urgent pour le chercheur de former les professeurs à l’effet de leurs paroles. Il faut même aller plus loin, en envisageant un "changement de culture". Mais avant d’attendre un sursaut des institutions, "plusieurs chercheurs appellent à cultiver le contrepoint des micro-violences : les micro-attentions éducatives", soit des gestes ou paroles qui font comprendre à l’élève qu’il "est à sa place et que l’on est attentif à ce qu’il dit et fait". Ces micro-attentions "renforcent le lien de reliance entre l’élève, le maître, l’école et le désir d’apprendre".

Le chemin est pourtant encore long puisque ces postures ne sont que peu soutenues par l’institution scolaire française et restent "périphériques au système ordinaire". Jean-Michel Perez invite à s’inspirer du modèle allemand dont le principe fondamental de la "dignité humaine" (Menschenwürde) "conduit à une vigilance particulière face aux comportements pédagogiques susceptibles de porter atteinte à l’intégrité des élèves". C’est ainsi l’ "intervention institutionnelle protectrice" qui est privilégiée, à l’opposé de la "sévérité éducative légitimée", caractéristique de la relation enseignant-élève en France. Se rapprocher de la posture allemande permettrait d’agir "avant que les situations ne dégénèrent en procédures pénales".

Pour participer à l’enquête sur les micro-violences à l'école et à l'université en cours est accessible ici.

L’article de The Conversation ici.

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