Lutte contre les violences scolaires : envisager la création d’un corps d’inspection indépendant (auditions)
Paru dans Scolaire le mercredi 07 mai 2025.
"La logique serait qu’il y ait un corps d’inspection indépendant pour éviter que les saisines n’aboutissent pas, que les inspections ne se fassent pas, que les rapports soient édulcorés." Pour le chercheur en sociologie Pierre Merle, une des clés pour lutter contre les violences commises dans un cadre scolaire passerait par la création d’une inspection autonome. Aujourd’hui en effet, les inspecteurs sont directement rattachés au ministre de l’Education nationale dont ils dépendent pour leur nomination.
Avec sa collègue Diane-Sophie Girin, docteure en sociologie, Pierre Merle était auditionné ce 7 mai par la commission d’enquête sur les modalités du contrôle par l’Etat et de la prévention de violences dans les établissements scolaires. Tous deux sont arrivés à la conclusion qu’il fallait davantage de moyens pour renforcer les contrôles qui devaient concerner l’ensemble des établissements.
"Les moyens de l’Etat (en termes de contrôles, ndlr) se sont beaucoup concentrés sur les écoles musulmanes, pointe Diane-Sophie Girin. Mais que fait-on des autres enfants scolarisés dans des établissements où il peut y avoir des lacunes pédagogiques et des faits de violence ?" La chercheure a rappelé lors de l’audition combien les établissements musulmans avaient été plus contrôlés ces dernières années bien qu’ils soient minoritaires, regroupant 70 groupes scolaires, et alors même qu’ils avaient été "envisagés comme une solution au problème des filles voilées avec l’idée qu’elles pouvaient garder leur foulard dans ces établissements". Ce qui était donc à la base "une solution" est "devenue petit à petit un nouveau problème pour l’Etat", a expliqué la chercheure pour qui les étapes de ce retournement sont les attentats et la rhétorique autour du communautarisme puis du séparatisme.
Autre levier pour prévenir les violences : l’identification pour les enfants d’adultes de confiance, a estimé Diane-Sophie Girin. A cela, Pierre Merle a jouté qu’il faudrait que les inspecteurs aient le "droit indiscutable" de pouvoir échanger avec les enfants sans la présence d’un membre de l’établissement, alors qu’actuellement les chefs d’établissement peuvent imposer la présence d’une personne de leur équipe lors d’une inspection.
La place privilégiée de l’enseignement catholique a aussi été abordée. "Le SGEC et son représentant sont devenus un ministère bis", a dit Pierre Merle, soulignant un usage qui l’emporte sur le droit. Alors qu’aucun texte réglementaire ne les encadre, les rapports entre l’Education nationale et les établissements privés catholiques, et notamment le Sgec qui en assure la coordination, sont très étroits ont mis en avant les deux auditionnés. Pierre Merle a également pointé le flou qui régnait autour de l’expression "caractère propre" ainsi que l’absence de retour sur la formation donnée aux enseignants sur cette dimension. C’est par ailleurs au nom de ce caractère propre que la parole d’enseignants dans le privé peut être limitée, a complété Diane-Sophie Girin.
Une autre raison qui expliquerait la liberté accordée aux établissements privés tient selon Pierre Merle à l’embourgeoisement de leurs populations d’élèves qui rejoignent ensuite les élites, freinant ensuite les tentatives de contrôles. Pour remédier à cette situation asymétrique, il faudrait "contrôler tout le monde de la même manière", a estimé Diane-Sophie Girin.
L'audition ici.
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