La mixité sociale ne s’impose pas dans les politiques éducatives (Carnets rouges)
Paru dans Scolaire le vendredi 25 avril 2025.
"Assez consensuel en apparence, l’idéal de mixité sociale n’a en fait jamais figuré parmi les priorités politiques." C’est le constat que pose Erwan Lehoux, doctorant en sociologie de l’éducation, dans un article pour "Carnets rouges", la revue du réseau école du Parti Communiste français. Dans ce numéro consacré à la (aux) mixité(s) à l’école, le chercheur va au-delà du "consensus apparent" qui entoure la notion de mixité pour en questionner les véritables mises en œuvre politiques. Il montre ainsi que les politiques publiques successives se sont davantage concentrées sur des mesures d’ordre individuel, faisant reposer le choix sur les familles, plutôt que structurelles.
Bien que le renforcement de la mixité à l’école ait pu faire l’objet d’ambitions affichées par des politiques, il est resté à l’état de "vœu pieux". Erwan Lehoux rappelle l’accroissement de l’écart entre public et privé ou encore l’importance des processus de ségrégation et de hiérarchisation dans la voie générale sur la base des choix de spécialités. A la ségrégation "par en bas" (résultant de choix des familles), le chercheur invite à se concentrer sur la ségrégation "par le haut". "Au-delà des discours, de nombreuses mesures politiques ont contribué ces dernières années à la reproduction voire au renforcement de la non-mixité à l’école", écrit-il, invitant ainsi à ne pas adopter la focale sur les choix privés, qui "dispense de penser les réformes structurelles pourtant indispensables".
En exemples de politiques allant à l’encontre d’une mixité scolaire sont cités l’assouplissement de la carte scolaire, la suppression des anciennes séries de voie générale ou encore "l’éclatement de l’offre et la place croissante du privé dans l’enseignement supérieur".
L’auteur explique en quoi l’action publique s’est concentrée sur la ségrégation "par le bas", en cherchant à faire corriger les déséquilibres par les choix des familles. C’est dans ce sens que des programmes visant à cultiver l’ambition scolaire et la mobilité ont été mis en place, pour que des élèves de milieux modestes accèdent aux grandes écoles.
Ces mesures ne visent en aucun cas un objectif de mixité, selon l’auteur, encore moins de lutte contre les inégalités sociales, "mais seulement la diversification de recrutement" : "Il s’agit de ne pas priver ces écoles – et par la suite les employeurs – de ces talents trop souvent gâchés, avec l’idée que cette diversification serait favorable à la performance économique et à la croissance". Les responsables visent donc plus un idéal de diversité que de mixité. Il ne s’agit pas de renoncer complètement au premier, qui "entre en résonance avec un besoin de reconnaissance individuel", mais de l’allier avec le second, qui prend en compte la question des inégalités sociales.
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