Activité physique et EPS : des "savoirs fondamentaux" trop négligés (députés)
Paru dans Scolaire le mardi 25 mars 2025.
Frédérique Meunier (droite républicaine) et Christophe Proença (socialiste) saluent la mesure "30 minutes d’activité physique quotidienne", mise en place à la rentrée 2022. Mais les deux députés, rapporteurs d'une "mission flash sur l'activité physique et sportive et la prévention de l’obésité en milieu scolaire", font aussitôt remarquer qu'elle n'est "réellement mise en œuvre" que dans moins de la moitié des écoles, au mieux deux jours par semaine.
Or il y a urgence, 37 % des 6-10 ans, et 79 % des 11-17 ans n’atteignent pas le niveau recommandé par l'OMS (Organisation mondiale de la santé) d'au moins 60 minutes par jour d’activité physique. Et les élus se sont heurtés à "un surprenant déficit de données" : "Les dernières données nationales sur le surpoids et l’obésité des enfants étaient issues d’une enquête (...) datant de près de dix ans. Les résultats de la prochaine enquête, Albane, ne seront connus qu’en 2028." On sait pourtant que "le surpoids touche deux fois plus les enfants d’ouvriers que les enfants de cadres, l’obésité trois fois plus".
Le manque de données
Il faudrait donc "instaurer chaque année une mesure-pesée de tous les élèves de CE2" de façon à avoir "une vision claire de l’évolution du surpoids et de l’obésité chez les enfants scolarisés" et "généraliser à toutes les académies les tests de forme physique annuels déjà expérimentés dans cinq académies. Réalisés au cours d’une séance d’EPS de deux heures en début d’année scolaire, ces tests permettraient de façon très simple d’établir un bilan de forme des élèves." Les deux députés voudraient aussi connaître "la proportion d’élèves sachant effectivement nager à l’entrée en sixième".
L'EPS porte sur des compétences "motrices, cognitives et psychosociales" qui devraient "être appréhendées comme des savoirs fondamentaux". Les rapporteurs trouvent donc "peu judicieux" que le volume horaire d'EPS au collège, 4 heures en sixième, soit ensuite réduit à trois heures. Et dans le premier degré, "l'EPS semble encore bien trop négligée", au lieu des 3 heures d’EPS prévues par les programmes, les élèves n'ont en moyenne qu'une heure 45 et dans certaines écoles, les cours d’EPS ne sont pas dispensés du tout. Seules 12 000 des 43 000 écoles publiques sont affiliées à l’USEP (Union sportive de l'enseignement du premier degré). "Toutes les écoles devraient avoir l’obligation de créer une association sportive affiliée à une fédération scolaire, le cas échéant en se constituant en groupements d’écoles."
Des médecins ignorants des compétences des professeurs d'EPS
Autre difficulté pointée par les deux élus, "les enfants en situation de surpoids ou d’obésité sont pris dans des cercles vicieux, leur pathologie les tenant éloignés de l’activité physique et sportive, et notamment des cours d’EPS". Or les professeurs d'EPS sont "parfaitement formés à proposer un enseignement adapté" à tous les élèves, ce qu'ignorent trop souvent les médecins. Il faudrait intégrer à leur formation "un module de sensibilisation rappelant les cas extrêmement limités justifiant une dispense totale d’EPS et la possibilité de délivrer des dispenses partielles".
Il faudrait également augmenter le nombre d'heures consacrées à "la formation des enseignants du premier degré en EPS", la passer de 50h au mieux à 80h au minimum. Les deux élus s'inquiètent également de constater que trop de postes de "conseillers pédagogiques en EPS ne sont pas pourvus, et que la tendance est à la mutualisation de cette fonction avec celles des conseillers pédagogiques spécialisés dans d’autres apprentissages".
Ils considèrent de plus "que le pass’ sport devrait être sécable" et pouvoir être utilisé pour "financer les licences de sport scolaire", dont l'UNSS et l'USEP alors que "ce n’est actuellement possible que pour l’UGSEL" (l'union sportive de l'enseignement privé). Ils demandent encore aux pouvoirs publics d' "accélérer fortement le déploiement du programme des 'cours actives et sportives' piloté par l’Agence nationale du sport dans le cadre du plan 5 000 équipements Génération 2024".
Le texte de la communication de Frédérique Meunier et Christophe Proença ici
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