L'avenir de l'éducation passe par un partenariat enseignant - IA (Harvard graduate school for education)
Paru dans Scolaire le mardi 25 mars 2025.
"Mettre l'accent sur le comment on apprend plutôt que sur ce qu'on apprend", c'est ce à quoi nous oblige le surgissement de l'IA (Intelligence artificielle) expliquent Lydia Cao et Chris Dede dans un article publié (en anglais) par la Harvard Graduate School of Education et dont la lecture a été vivement recommandée par Axel Jean, chef de bureau à la DNE (direction du numérique pour l'éducation, ministère de l'Education nationale) lors du colloque organisé par le MCLCM (mouvement contre la constante macabre) le 21 mars (voir TE ici). En voici l'essentiel.
Des universités et certains districts scolaires ont interdit l'usage de ChatGPT. Mais pourquoi des élèves n'utiliseraient-ils pas ChatGPT pour écrire leurs dissertations si on leur demande seulement de rendre une copie. Pourquoi devraient-ils apprendre une langue étrangère s'ils ont une appli de traduction ? Si l'enseignement a pour seule fonction de produire des artefacts, pourquoi ne pas prendre un raccourci ? Mais apprendre une langue, c'est beaucoup plus qu'être capable de parler cette langue, c'est apprendre à penser autrement, c'est porter en soi une autre façon d'être au monde.
La survenue de ChatGPT oblige à repenser la forme scolaire, les enseignants ne peuvent plus fonder leurs évaluations sur la production d'artefacts qui ne témoignent pas d'une réelle compréhension du problème tel qu'il faudrait le résoudre hors contexte scolaire.
Les deux auteurs font remarquer que personne ne fait de plagiat dans un journal intime, "un plagiat ruinerait l'idée même de journal intime", on n'écrit pas un journal intime parce qu'on y est obligé mais parce qu'on le veut. C'est ce que les auteurs appellent la "motivation intrinsèque" et ils ajoutent qu'elle fait trop souvent défaut dans un contexte scolaire. Certes la question du plagiat nous embarrasse, mais plus encore celle du désir (ou de l'absence de désir) d'apprendre.
Les machines ne sont pas capables d'empathie
Ceci posé, Lydia Cao et Chris Dede s'interrogent sur ce que les enseignants peuvent apporter à leurs élèves qu'aucune machine ne leur apportera jamais. Ils ont été élèves eux-mêmes, ils ont éprouvé la difficulté d'apprendre et ils peuvent s'identifier à leurs élèves, alors qu'une IA n'a jamais appris comme les humains apprennent, et ses réponses peuvent ne pas correspondre aux besoins de l'apprenant.
Mais c'est surtout qu'une IA ne pourra pas enseigner ce qui est du domaine de l'implicite. Les compétences psycho-sociales, le leadership, la créativité, l'ouverture d'esprit ne peuvent pas donner lieu à des enseignements explicites. "L'implicite fait partie du processus d'apprentissage et des relations humaines." D'ailleurs, quand on demande à quelqu'un quel enseignement a changé sa vie, il vous répond rarement telle ou telle leçon de tel enseignant, il vous parle de ce qu'il lui a apporté en termes de relations psychosociales.
Les machines ont des atouts, elles sont infiniment patientes, disponibles H24, on peut leur poser des questions sans craindre un jugement de valeur. Mais il ne faut donc pas imaginer qu'elles vont remplacer les enseignants, il faut se dire que l'avenir de l'éducation passe par un partenariat enseignant - IA. Dès lors, le rôle de l'enseignant n'est pas d'amener les élèves à un certain résultat, mais de créer un environnement favorable à la coopération avec leurs pairs et de les amener à améliorer leurs manières de penser. L'IA n'est alors plus celle qui "connaît la réponse", mais un partenaire conversationnel.
Page blanche ou IA
Il est parfois nécessaire de rester face à une page blanche, l'inspiration vient de son expérience personnelle, parfois, c'est l'IA qui peut stimuler la créativité. L'essentiel est de savoir quand, où, comment avoir recours à l'IA. C'est pourquoi il vaut mieux donner aux élèves l'occasion d'expérimenter l'IA plutôt que de leur interdire l'usage. D'autant que la motivation intrinsèque n'est pas toujours là. Il n'y a pas de modalité unique pour motiver les élèves, ce qui marche avec l'un peut ne pas marcher avec l'autre. Les professeurs doivent aider leurs élèves à être conscients de leur système de motivation, et à le gérer.
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