Non remplacement des personnels de direction et d’administration : une "maltraitance institutionnelle" (iD-FO)
Paru dans Scolaire le mercredi 19 mars 2025.
"À force de trop tirer sur la corde, elle se casse." Les mots sont durs, et à dessein. Lors de la la conférence de presse donnée par l’iD-FO ce 19 mars au sujet du non-remplacement des chefs d’établissement, les représentants syndicaux présents sur place n’ont pas hésité à qualifier le phénomène de "maltraitance institutionnelle".
A cette occasion étaient présentés les résultats de l’enquête que le syndicat FO des personnels de direction a mené du 15 au 31 janvier 2025 auprès de 1050 établissements. Parmi eux, 728 ont déclaré l'absence d'au moins un personnel de direction ou d'administration. Le problème, loin d’être isolé, concerne un nombre important d’établissements et met en grande difficulté les personnels qui peinent à en assurer le bon fonctionnement. A titre d’exemple, sur 14 établissements déclarant une absence de deux mois, huit n’ont eu aucun remplacement, trois ont un mois de remplacement et seulement trois deux mois de remplacement. Ces remplacements, soit inexistants, soit insuffisants, pèsent lourdement sur les épaules des personnels de direction.
A la suite des propositions du syndicat faites au ministère en novembre dernier pour améliorer la situation, parmi lesquelles celle de mettre en place une brigade de remplaçants sur le modèle de ce qui se fait pour les TZR (titulaire d’une zone de remplacement) chez les enseignants, le syndicat est contraint de constater que "les réponses du ministère ne sont pas du tout à la hauteur".
L’enquête apparaît comme une "photographie à un moment donné" et un moyen de solliciter la profession pour mieux en comprendre les besoins et les attentes. Ces données sont d’autant plus nécessaires que le sujet est un angle mort pour l’institution, estime le syndicat. "Le ministère ne parle que du remplacement des personnels enseignants", ce qui est la preuve d’une "méconnaissance du fonctionnement des établissements".
La conséquence directe de ces non-remplacements ? "Ceux qui restent colmatent les brèches, alertent les représentants syndicaux. Mais les personnels croulent déjà sous le travail. Donc quand il manque une personne, cela a de grosses conséquences." Plus les fonctions sont celles de secrétariat, moins il y a de remplacements, précisent-ils, alertant sur la forte dégradation de la situation.
Signe de la charge de travail qui engendre de la souffrance chez les personnels : ces derniers partent à la retraite même si c’est en milieu d’année. Alors que traditionnellement il est attendu que l’année scolaire soit achevée pour quitter ses fonctions de direction. Si le nombre précis n’est pas connu, les remontées du terrain montrent une hausse des départs, que ce soit sous forme de démission, de rupture conventionnelle ou de retour au métier d’enseignant, qui n’est pas moins bien payé que celui de chef si quelques heures supplémentaires sont réalisées. Par ailleurs, "une forme de déloyauté s’amorce parce que les collègues n’en peuvent plus", partage un représentant syndical, alors même que les personnels de direction ont la réputation d’être loyaux vis-à-vis de l’institution.
"Cette situation rend le métier inacceptable, poursuit ce dernier. En 2012, 4112 candidats étaient présents aux concours. En 2025, 2000 candidats étaient présents. Nous sommes donc passés d’une chance sur cinq à une chance sur trois d’obtenir le concours." Les manques déjà importants doivent faire face à des viviers de remplacements vides. Selon le ministère, il manque 600 personnels, ce qui représente une "cohorte" d’un an, précise un représentant syndical. Ces 600 postes sont donc actuellement occupés par des faisant fonction. Et la brigade de remplacement que l’iD-FO appelle de ses vœux nécessiterait une cohorte supplémentaire. "Nous sommes donc à deux cohortes de retard."
Le syndicat veut, avec cette enquête, interpeller le ministère pour qu’il réagisse vite. Un "choc d’attractivité" est nécessaire, estime le iD-FO, ce qui passe par une meilleure rémunération (3000 euros net mensuel minimum), davantage de moyens pour garantir le pilotage de l’établissement et des créations de postes.
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