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Enseignement de l’informatique : un manque de professeurs et des inégalités territoriales et de genre (entretien)

Paru dans Scolaire le mercredi 19 mars 2025.

Omniprésente dans notre quotidien, l’informatique reste pourtant encore très peu enseignée en France. Au lycée, moins de 5% des élèves (et moins de 1% des filles) ont une formation complète à l’informatique, alerte la Société informatique de France (SIF). Pour l’association, il est urgent de réagir pour rendre cet enseignement plus attractif et renforcer le vivier, à la fois d’enseignants et d’élèves. Entretien avec sa vice-présidente, Isabelle Debled-Rennesson.

ToutEduc Quelle place est donnée à l’enseignement de l’informatique aux élèves, à l’école, au collège et au lycée ?

Isabelle Debled-Rennesson – Au niveau de l'école primaire, cette place est faible, une des raisons est que 80% des professeur.es des écoles n'ont pas de formation initiale scientifique. Il est dommage que l'informatique n’apparaisse pas dans leur formation, alors même qu’elle fait partie de notre quotidien. De plus, dans les programmes scolaires, il n'y a quasiment aucune place laissée à l’informatique. Elle est considérée comme un simple outil qui sert par exemple à envoyer des messages, ou à rédiger et formater des textes dans un logiciel de traitement de texte. Il n'y a rien autour de la pensée informatique, que l’on peut définir comme une manière d'aborder un problème, de trouver puis d’organiser les actions en vue de le résoudre. Pourtant, il est important d'initier les enfants dès le plus jeune âge à ce type de raisonnement pour apprendre à organiser sa pensée afin de répondre à un objectif précis. Et il existe des moyens très ludiques de le faire comme par exemple des activités d’informatique débranchée.

Au niveau du collège, l'informatique s’enseigne lors des cours de mathématiques et de technologie. La SIF déplore le manque de formation en informatique des enseignants de ces deux disciplines. La formation que l’on aurait souhaitée pour accompagner le nouveau programme de technologie n’a pas été faite au niveau national mais se déploie au niveau des académies qui proposent donc des formations très inégales. D’un point de vue plus prospectif, je considère que l'informatique doit devenir une discipline indépendante enseignée au collège par des enseignants en informatique, c’est-à-dire qui ont obtenu un CAPES NSI (numérique et sciences informatiques, créé en 2020, l’agrégation informatique a été mise en place en 2022, ndlr).

Ensuite, au lycée, on trouve l’enseignement SNT (sciences numériques et technologie, ndlr) en seconde. Mais il peut être donné par des professeurs volontaires de toute discipline ou à qui il manque des heures, cet enseignement étant quelquefois considéré comme une variable d’ajustement des services des enseignants de lycée. Un récent rapport de deux inspecteurs généraux fait le constat que cet enseignement est donc dispensé de manière très inégale. Ceci est vraiment regrettable car le programme proposé est intéressant et conçu afin d’apporter une culture commune sur les principaux concepts de la science informatique. Cela pourrait être un levier pour des choix d’orientation vers l’informatique. Il faudrait que SNT soit enseigné par des enseignants formés ou ayant un CAPES NSI ou une agrégation informatique.

ToutEduc En première apparaît pourtant la spécialité NSI (numérique et sciences informatiques, ndlr) qui laisse plus de place à l’informatique…

Isabelle Debled-Rennesson – La spécialité NSI est en effet prise en charge par des enseignants formés ou par des enseignants qui ont obtenu le CAPES NSI. Mais il n’y a pas assez de postes ouverts et les demandes du terrain ne reflètent pas les besoins. En effet, les chefs d'établissement font remonter les heures de NSI comme des heures associées à la discipline initiale de l'enseignant et non comme des heures de NSI. Cela tient au fait qu’au moment de la création de cet enseignement, il fallait que les enseignants de disciplines scientifiques le prennent en charge puisque le CAPES NSI et l’agrégation informatique n’existaient pas encore. Une des conséquences est que lorsqu’un enseignant part à la retraite, c'est un enseignant de la discipline de départ, souvent mathématiques, physique ou sciences de l'ingénieur qui est demandé, et non d’informatique. Par conséquent, au niveau national, il n'y a pas assez de demandes de professeurs d'informatique, ce qui n’encourage pas une hausse des postes ouverts au CAPES NSI ou à l’agrégation d’informatique.

ToutEduc Quelle autre conséquence ce manque d’enseignants entraîne ?

Isabelle Debled-Rennesson – Aujourd’hui, la spécialité NSI n’est proposée que dans 52% des établissement. Il y a une vraie inégalité territoriale parce que dans certaines académies, il y a beaucoup de propositions et dans d'autres, très peu. Tous les élèves qui veulent faire de l'informatique n'en ont en fait pas la possibilité.

Il y a aussi le problème des trois spécialités qui n'en deviennent que deux en terminale. Les élèves ont tendance à calquer sur ce qui se passait avant autour de la spécialité S et continuent donc souvent en terminale avec mathématiques et physique, des disciplines considérées comme ouvrant davantage de portes dans l’enseignement supérieur. La spécialité NSI est prise en classe de première puis souvent abandonnée à l’entrée de terminale.

ToutEduc Vous avez proposé l’idée d’introduire dès l'élémentaire la pensée informatique, au lycée, de garder trois spécialités. La SIF porte-t-elle d’autres propositions ?

Isabelle Debled-Rennesson – Oui, notamment autour du tronc commun en 1ere et terminale. C’est un point important par rapport à la féminisation. Depuis plusieurs années, on constate qu'il y a de moins en moins de filles dans des formations scientifiques. En informatique, c'est flagrant. Dans les années 90, nous étions plus de 30 % de femmes dans les formations informatiques, maintenant, dans les formations en informatique post-bac, elles sont moins de 20%.  Des études montrent que le fait de donner le choix aussi tôt désengage les filles des formations scientifiques. Nous pensons qu’il faudrait qu'il y ait un tronc commun avec davantage de sciences qui se poursuive jusqu'à la fin de la terminale. Ce renforcement des enseignements scientifiques obligatoires permettrait d'ouvrir davantage de perspectives aux filles, pour poursuivre dans des filières scientifiques parce qu’elles les auront expérimentées.

Nous proposons aussi de renommer la spécialité NSI et l’enseignement SNT respectivement "informatique" et "informatique et technologie" pour assurer une meilleure visibilité. Ainsi que de réintroduire l’informatique et la technologie en 6e.

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Propos recueillis par P.Kempf et relus par I.Debled-Rennesson

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