Enseignement agricole : la loi d'orientation vue par le CNEAP (privé), le SNETAP-FSU et le SEA-UNSA
Paru dans Scolaire, Orientation le mercredi 26 février 2025.
La loi d'orientation "pour la souveraineté en matière agricole et le renouvellement des générations en agriculture" a été adoptée juste avant l'ouverture du SIA, le salon international de l'agriculture. Toutes les organisations se félicitent d'une de ses dispositions, la reconnaissance de la vocation pédagogique des exploitations et des ateliers des établissements agricoles publics et privés, donc la possibilité pour ces structures économiquement fragiles de toucher des subventions des régions, comme le souligne le SNETAP (le syndicat FSU de l'enseignement agricole public). Le SEA, le syndicat UNSA de l'enseignement agricole est toutefois sceptique. Les collectivités vont-elles intégrer ces subventions dans leurs plans prévisionnels d’investissement "alors que certaines commencent à faire payer des redevances pour l’utilisation des locaux des CFA et des CFPPA" (les centres de formation professionnelle et de promotion agricoles). Autre point positif, que souligne le CNEAP (Conseil national de l'enseignement agricole privé) interrogé par ToutEduc, ces exploitations et ateliers, qui sont "à peu près tous dans des situations économiques difficiles", sont désormais éligibles aux aides de la PAC.
Le SNETAP estime que le développement d' "espaces test" au sein des établissements "permettront de relever le double défi du renouvellement des générations en agriculture et d’accélérer la nécessaire transition écologique des pratiques agricoles". Mais pour ce qui est de "transformer l’agriculture dans un contexte de changement climatique", le SEA-UNSA ne cache pas son inquiétude. "Quel va être dans ces conditions l’avenir du plan EPA2 (enseigner à produire autrement, par les transitions et l’agroécologie) alors que tous les acteurs s’accordent à dire que des signaux politiques contraires désorientent et découragent les équipes ?" Quant à la 6ème mission, “mettre en œuvre toute action visant à répondre durablement aux besoins en emplois nécessaires pour assurer la souveraineté alimentaire et assurer le développement des connaissances et compétences en matière d’adaptation climatique et environnementale", le SNETAP-FSU en dénonce le "manque d'ambition", il aurait voulu "une mission spécifique liée à l’installation pour permettre l’accès à un parcours à l’installation ambitieux et ouvert à tous les publics".
Il dénonce également le manque d'ambition de la loi lorsqu'elle évalue à 30 % l'augmentation du nombre des élèves de l'enseignement agricole quand il faudrait 20 000 installations de jeunes agriculteurs par an pour "assurer le renouvellement des générations d’agriculteur·rices". Par ailleurs, le SNETAP-FSU n’accepte pas la disparition dans l’article L-811-1 du Code rural et de la pêche maritime" qui porte sur le respect des principes de laïcité, de liberté de conscience et d'égal accès de tous au service public".
Le CNEAP "se réjouit particulièrement de la création du bachelor agro", un diplôme à bac+3 qui contribuera "à accroître l’attractivité des établissements proposant des formations post-bac" et qui est destiné à former, nous dit Michel Dantin, son président, des décideurs, capables d'analyser le contexte dans lequel ils se situent. La création de ce diplôme va aussi renforcer les liens des établissements privés avec l'enseignement supérieur privé. Pour le SEA-UNSA, ce bachelor devrait permettre d'accompagner la montée en compétences induite par la prise en compte des enjeux environnementaux", mais l’appellation "Bachelor agro" risque "d’entretenir la confusion avec les bachelors sans valeur réglementaire des établissements privés lucratifs".
Et tous posent la question des moyens. Pour accueillir 30 % d'élèves en plus, "il va falloir ouvrir de nouvelles classes" et créer "autour de 200 ETP supplémentaires d’ici 2028", estime le SEA qui remarque que "le ministère commence cette année par en supprimer 45". Le CNEAP demande un réajustement des crédits budgétaires destinés aux établissements de son réseau. Les maisons familiales rurales estiment à 12 M€ le coût de l'accueil supplémentaire de 1 200 élèves supplémentaires cette année. Le SNETAP constate que la loi de finances 2025 prévoit une diminution de 11 % du budget du ministère de l’agriculture.
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