Vers un premier bilan de l'expérimentation du port de la "tenue commune" dans les établissements scolaires
Paru dans Scolaire le mercredi 05 mars 2025.
La réalisation de monographies pour l'évaluation qualitative des expérimentations d'une tenue vestimentaire commune à l'École est confiée à l'association FORS-Recherche sociale, "un organisme indépendant d’étude et de recherche en sciences sociales" dont le Conseil d’administration est présidé par Alain Vulbeau (sociologue, professeur à Paris Ouest Nanterre La Défense). Elle devrait rendre sa copie d'ici un an. L'avis d'attribution du marché (pour 72 660€) est publié au BOAMP (ici). Sept autres structures avaient candidaté.
Plusieurs médias ont déjà publié des enquêtes journalistiques, en voici l'essentiel
Ici Champagne-Ardenne (France bleu) a publié fin décembre un premier bilan trois mois après le lancement de l'expérimentation à Reims dans cinq écoles et à Châlons-en-Champagne dans deux écoles : "la tenue semble bien acceptée par les élèves". Une enfant trouve que sa blouse est belle, une autre (en CE1) "assure déjà constater une baisse des moqueries et du harcèlement". Les parents rencontrés par notre consoeur sont "convaincus", même ceux qui étaient "réticents" au départ : "les enfants ne regardent plus trop ce qu'ils portent". Mais quand il gèle, les polos, "c'est un peu compliqué". Deux sweats, c'est insuffisant. Et pour les enfants en maternelle, les blouses dont les tailles ne démarrent qu'au quatre ans sont trop grandes. Quant aux municipalités, elles posent la question du coût. La mairie de Reims "a déjà dépensé 140 000 euros pour les tenues des élèves de cinq établissements scolaires" et ne prévoit pas de l'étendre aux autres écoles. "Du côté de Châlons-en-Champagne, le constat est similaire." (ici)
Le Point titre fin janvier "Un an après, la 'tenue unique' fait l’unanimité à l’école" après un reportage dans un collège de La Réunion, Amiral Pierre Bouvet de Saint-Benoit, mais ajoute tout de suite après "(quasiment)". Pour le principal du collège, "il n'y a que du positif", il évoque "un climat scolaire très apaisé et très serein". L'établissement n'a plus de "problèmes liés à des signes religieux ostentatoires à l'entrée de l'établissement". Le rectorat indique que, "de la rentrée d'août à décembre 2023, l'établissement a traité 15 situations de harcèlement ou de brimades liées à la tenue vestimentaire, de la rentrée de janvier à juin, 'seulement' trois ont été traitées". A 58 %, les enseignants estiment que l'ambiance est plus sereine et "29 % d'entre eux constatent que les élèves sont mieux concentrés en classe". Notre consoeur ajoute : "Même retour positif du côté des parents, qui restent nombreux à observer la baisse des 'tensions' entre les élèves." Ils ont de plus fait des économies sur l'achat de vêtements. Mais "d'autres parents se montrent plus sévères" : "C'est la fin d'une liberté, celle de pouvoir s'habiller comme on l'entend. On revient à l'époque de nos grands-parents ? (...). Nous ne sommes ni à l'armée ni en guerre. (...). Le tee-shirt a atténué, mais n'a pas gommé les différences physiques, il ne fait pas bouclier", ajoute une maman. Du côté des élèves, la tenue unique contribuerait à créer un "véritable sentiment d'appartenance", il n'est d'ailleurs pas rare d'apercevoir les tee-shirts bleus portés par des jeunes à vélo en dehors de l'enceinte du collège. ici
Dans Le Figaro d'hier, 4 mars, Renaud Muselier, le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur annonce la fin de l’expérimentation du port de l’uniforme dans deux lycées de Nice et de Châteaurenard au motif que l’État a décidé de ne plus financer ce dispositif dans son dernier budget. "Le deal de départ était que les familles ne payaient rien." Or, dans le dernier budget adopté par le Parlement, le gouvernement a décidé de ne plus financer ce dispositif selon le président de la région. À partir du moment où l’État se retire, on ne peut plus payer seul (...). Je le regrette, parce que je pense que c’était utile. (ici)
Le 3 mars, nos confrères d'Europe 1 étaient dans une école de Troyes. Un élève déclare : "Il y a des copains qui ne portent presque jamais la tenue parce qu'ils la trouvent moche. La plupart la portent, mais pas tout le monde". Mais pour Lauralie, mère d’élève, c’est beaucoup moins de prise de tête au réveil. "J'ai cinq enfants, ça évite de chercher le matin les vêtements. On sait déjà ce qu'on met en haut, c'est juste le bas à chercher." (ici)
Fin février, "Actu Saint-Etienne" indique que l'expérimentation dans l'école élémentaire Crozon de Roanne "ne devrait pas être reconduite à la rentrée prochaine", pour des raisons pécuniaires, d'autant que le prix des tenues est beaucoup plus élevé que prévu, mais aussi parce que l'école doit fusionner avec une autre qui avait refusé le port de l'uniforme, et qu'il n'est pas pensable que seuls les élèves issus de l'école Crozon portent la tenue. (ici)

